LIVRE I>IX-NEUV1ÈME
C'est particalièrement et presque imqneHieDt da&s Carnot qiro se personnifie et se résnme, d'après la tradition la plos accréditée, le côté militaire de la Révo* lulion ; et le souvenir des services qu'il rendit a rattaché à son nom autant d'autorité que de gloire.
Deux points sur lesquels les histoires semblent le plus d'accord servent surtout de base et de prétexte à la renommée faite à Carnot. On dit qu'il préserva l'unité et l'intégrité du sol, mises en péril par la coalition des puissances européennes, et qu'il lança quatorze armées à la fois, de cent mille hommes chacune, sur tous les points des frontières menacés par les ennemis.
Si de tels titres étaient réels , la gloire de Carnot serait incomparable ; car l'histoire est pleine des noms de capitaines justement illustres, quoique ayant fait infiniment moins. Mais le temps est venu où, sans contester les mérites de personne, et dans l'unique intérêt de la justice, on peut et l'on doit rabattre de toutes ces exagérations révolutionnaires.
Les quatorze armées créées et lancées par Carnot sont une fable grossière et ridicule , bonne à débiter à la tribune de la Convention ou du club des Jacobins, mais qui n'est plus de mise en des temps calmes, et devant des esprits sérieux , capables et dignes de savoir la vérité.
La Convention ne posséda jamais à la fois quatorze
armées , encore moins quatorze armées de cent mille hommes chacune; et surtout, ce qui est beaucoup plus grave aux yeux de la morale et de la civilisation, la Convention n'eut pas à défendre F unité da territoire national, menacée par les puissances européennes.
Ce furent les Jacobins, ce furent les Girondins, ce furent les Terroristes qui, dans l'intérêt de leur ambition et de leurs théories , firent déclarer la guerre à TEurope calme, à l'Europe pacifique, à l'Europe presque bienveillante, en face de la révolution française; si bien que , loin d'être lancée dans cette effroyable guerre de vingt ans par le désir d'envahir le sol de la France, l'Europe s'y résolut tardivement, à regret, mais par nécessité, afin de défendre son propre sol, ses propres institutions, ouvertement, officiellement, matériellement mis en péril par les forces militaires de la démagogie.
C'est donc une grande erreur à détruire que de chiffrer le nombre et l'efiTectif réels de ces prétendues quatorze armées , créées par le souffle et lancées par la main de Carnot ; mais c'en est une bien plus importante encore à mettre en son jour, que de montrer le caractère vrai des guerres soutenues par le Comité de salut public. Ce furent des guerres agressives, révolutionnaires, non des guerres nationales; ce furent des guerres entreprises dans un but de propagande et de