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LIVRE DIX-NEDYIÈME. -il

Ces mensonges puérils, qui trompaient et qui entraînaient les soldats, favorisaient les passions révolutionnaires qui avaient jeté la France dans une guerre sans fin; mais parce qu'ils avaient servi à des chansons, ce n'était pas une raison de penser iqu'ils dussent servir à Tbistoire.

Personne ne se dissimulait, à la fin de 1 791 et au commencement de 1 792, que les émigrés ne faisaient courir aucun danger à la France. Les plus démagogues étaient là-dessus les plus convaincus. Voici le tableau que traçait Rubl de leurs rassemblements :

« Je vous ai dit que, dans le village d'Ëttenheim | sept cents brigands sont rassemblés sous les ordres de Mirabeau cadet... L'électeur palatin a déjà fait sortir tous les Français de Manheim, et les ennemis de TÉ* tat ne peuvent compter sur le secours des grands princes séculiers de l'Empire, depuis queTacceptation que le roi a faite de la Constitution leur a été solennellement notifiée.

» Il n'y a que trois prêtres qui paraissent seconder leurs complots. Monseigneur Tarchevêque de Mayence, qui lève une armée de quatre mille hommes, que les Mayençais sont assez sots pour fournir ; monseigneur l'électeur de Trêves, qui leur donne une armée de deux mille hommes (on rit); et monseigneur Louis-René-Êdouard, cardinal de Rohan , qui , abstraction faite des brigands qu^l a l'hoûnedf de com-

mander en chef, leur fournit une armée de cinquante hommes, que les lois de TEmpire germanique lui accordent en qualité de prince de l'Empire.

» Ce ne seront pas des hordes de barbares, mais des soldats de V Église, armés de chapelets, qui feront marcher devant eux la mort et le carnage.

» Il serait indigne de la majesté d'une grande na« tion de souffrir plus longtemps ce feu d'opéra qui nous incommode. Un simple particulier pourrait mépriser ces effrontés baladins; mais une grande nation doit punir les téméraires qui veulent porter atteinte à ses lois*. »

Ainsi, même en demandant qu'elle fût dispersée, Ruhl faisait rire l'Assemblée aux dépens de l'armée des émigrés, abandonnée par tous les grands princes séculiers de l'Empire et réduite à l'appui de trois prêtres, dont l'un fournissait un contingent de cinquante hommes. C'était une réunion de soldats de Z'^glise, armés de chapelets; un feu d'opéra, une troupe d'effrontés baladins^ qu'un particulier aurait eu le droit de mépriser.

Robespierre traitait l'armée des émigrés plus dédaigneusement encore, car voici ce qu'il en disait, le 2 janvier 1792, dans son célèbre discours sur la guerre, prononcé au club des Jacobins :

«... La France n'a d'autre ennemi à craindre que

1 Moniteur du 28 novembre 4794 . — Le Moniteur donne à Ruih, encore inconnu , le nom de Jîetvs.

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