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LIVRE DIX-NEUVIÈME

celte poignée cP aristocrates émigrés, auxquels elle faisait à peine attention il y a quelque temps. Or, prétendez-vous que celte puissance doive nous alarmer ?... Tout vous prouve donc que cette guerre ridicule est une intrigue de la cour et des factions qui nous déchirent. Leur déclarer la guerre sur la foi de la cour, violer le territoire étranger, qu'est-ce autre chose que seconder leurs vues?

» Traiter comme une puissance rivale des criminels qu'il suffit de flétrir, de juger j de punir par contumace; nommer, pour les combattre, des maréchaux de France extraordinaires, contre les lois,... qu'est-ce autre chose que leur donner une illustration^ une importance qu'ils désirent j et qui convient aux ennemis du dedans qui les favorisent? La cour et les factieux ont sans doute des raisons d'adopter ce plan : quelles peuvent être les nôtres?

» L'honneur du. nom français, dites-vous? Juste ciel! la nation française déshonorée par cette tourbe de fugitifs, aussi ridicules qu' impuissants ^ quelle peut dépouiller de leurs biens ^ et marquer, aux yeux de l'univers, du sceau du crime et de la trahison * ? »

Yoilà l'opinion qu'avait Robespierre de l'armée des émigrés, de cette poignée d'aristocratesy de cette tourbe de fugitifs j aussi ridicules qu'impuissants. Il la jurait tout au plus digne de la colère d'un accusateur public, signifiée par ministère d'huissier.

La presse, qui se mêla au débat, ne pensa pas au-

> Prudhomme, Révolutions de Paris , t. II, p, 30.

àîl HISTOIRE DU DIRECTOIRE.

trament, même la presse le plus ouvertement révolutionnaire. Voici ce que disait Tournon, qui avait rem* placé Louslalot aux Révolutions de Paris :

t L'honneur français est blessé; il faut le venger. L'honneur français est blessé!... Mais par qui? par deux prêtres d'Allemagne, par une bande de fugitifs et d'assassins ! Les grands hommes, pour qu'un peuple entier se croie outragé par eux !

» Qu'importe à la nation française l'opinion de quelques tyrans, de quelques esclaves qui ont fui à l'aurore de la liberté? QvCvine poignée de factieux, que Tévêque de Spire, que l'évéque de Trêves pensent et disent du nom français tout ce que peut suggérer le délire du despotisme auœ abois; en sommes-nous moins le premier peuple de l'univers * ? »

On le voit donc, personne ne pensait, en 1 792, que les émigrés fussent en état, soit par eux-mêmes, soit par les faibles secours qu'ils pouvaient espérer des petits princes de l'Empire, de faire courir un danger quelconque, soit aux institutions, soit au territoire de la France : ceux-là même qui demandaient leur éloignement les trouvaient moins dangereux qu'importuns, et invoquaient des raisons, non de sûreté, mais de dignité ^.

^ Prudhomme, Révolutions dé Paris , t. X , p. 548.

3 BriBSot lui-môme disait à la tribune de TAssemblée législative, ' le 28 décembre 4791 : a Si nous avons la certitude de ne rencon* trer sur le champ de bataille que nos chevaliers errants et quelques

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