LIVRE DIX-NEUVIÈME
Mais si le territoire français n*était pas menaoé, en 1792, par les rassemblements d'émigrés, l'ét ait-il au moins par la convoitise on par la force des grands États européens? Mon Dieu, pas davantage; et nous avons là^dessus une caution complète , la caution de Brissot.
Oui, ce même Brissot qui, avec Condorcet, avec Isnard, avecLouvet, avec la faction girondine, entraîna les Jacobins, T Assemblée législative , et fit décider la guerre, ce même Brissot avait commencé par établir compendieusement que les États européens n'avaient ni le pouvoir ni l'envie de rien entreprendre contre la France.
Gomme cette opinion de Brissot, de celui-là même qui décida la guerre, est péremptoire sur l'origine de cette guerre et sur la moralité de ses causes, il faut que le lecteur soit mis à même d'en juger en pleine connaissance.
« Voyons, disait-il le 28 décembre 1 791 , à la tribune de l'Assemblée législative, ce que nous avons à craindre des puissances étrangères.
» Les sentiments des Anglais ne sont pas douteux sur notre révolution, parce qu'ils y voient un point d^appui pour la stabilité de leur propre liberté. Il est probable que le gouvernement anglais n'osera jamais, quand il en aurait les moyens, attaquer la Constitution française , et cette probabilité se change en certitude quand on considère les agitations du parle-
p Mits princes allemands, sans doute l'appareil d'une force imposante rait extravagant. » — Moniteur du 30 décembre 4794.
m HISTOIRE DU DIRECTOIRE.
ment, rénormité de la dette publique, la triste situation des affaires de Tlude.
» Que faut-il craindre de Tempereur d'Allemagne?... L'empereur n'a rien k gagner en nous atiaquanty et au contraire il a tout à craindre. Les oscillations du cabinet de Vienne ne doivent pas nous faire redouta la guerre de la part de l'empereur. Gomme prince, il veut la paix; comme chef de l'empire germanique, il a l'air de vouloir la guerre. Mais que nous importe à nous la politique des cours, à nous qui voulons être libres?... La France a vingtcinq millions de bras libres au soutien de sa cause.
» Craindrions-nous la cour de Berlin plus que celle de Vienne? La conférence de Pilnitz empéche-telle l'existence de rivalités réelles, de rivalités nécessairement attachées à la conservation de plus chers intérêts, qui régnent entre ces deux couronnes? Ne savons-nous pas qu'une économie sévère est imposée au roi de Prusse, et que les extorsions qu'exigerait une guerre nouvelle, auraient le double effet d'amener la ruine de son autorité intérieure et d'affaiblir sa puissance ext^eure, en ouvrant un trésor fécond à son rival? Le successeur de Frédéric, s'il a quelque prudence, craindra de ruiner pour toujours, en se battant contre nous, une armée qui ne se rétablirait jamais; car, assurément, la mine, ci-devant féconde, de la désertign française, est à jamais tarie.
)» Les intérêts de ces deux cours sont tellement opposés , qu'ils ne peuvent jamais se confondre en