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LIVIE DEUXIÈME

Legendre, qui connaissait les républicains aussi bien que Barrère, n'hésita pas à déclarer qu'une int;iiation serait inutile ^ et que le carême civique devait ^re établi par un décret ^ Il ajouta que la mesure était urgente , si Ton ne voulait que la race bovine disparût entièrement.

La production de la viande , comme toutes les autres, était naturellement réglée sur la conscHumation. L'abolition du christianisme avait fait disparaître le carême et les jours maigres; et la Vendée, qui était, avant la révolution, en possession de four^ nir une partie notable de la viande consommée à Paris j se trouvait dévastée et ravagée par la guerre. D'un côt6, Tusage de la viande s'était donc considérablement accru ; et de l'autre, sa production, subissant les difficultés générales, n'avait eu ni le temps, ni le pouvoir de se réorganiser. La boucherie s'en était donc prise, non aux revenus, mais au capital de la viande; et l'on détruisait rapidement l'espèce en mangeant, selon l'expression de Legendre, « le père, la mère et les enfants ^.» C'était d'ailleurs une viande étiolée, n'ayant pas acquis son développement complet, ou sans appropriation à l'usage de la boucherie. Legendre, qui se complaît à ces détails, empruntés à son ancienne profession, donne une idée de l'appauvrissement où était tiHubée alors la race bovine, en

< Moniteur du S3 Tévrier 1794, séance de la (Convention du 2\^ discours de Legendre.

a Ibid.

50 HISTOIRE DU DIBECTOIRE.

4isant qu'tm bœuf ne donnait fhis assez de Mif pour

V éclairer à sa mort ^ .

Tel était Tétdt de misère où les désordnas de la vévolutiOD , géoéraliséB et réduits en syfilème par le communisme da Ck)mité de salul public, avaient conduit le pays ; et sans le peu de coofianoe qui suivit le 9 thermidor, el TaboUtion du mmoimmi qui en fut la suite , le carême de Barrèie aurait été décrété ; et Ton aurait eu ce spectacle, inconnu dans Thistatre, d'un peuple tout entier mîfi au paîn et a Teau par son gouvernement.

Quoique plongé ckans nn ^énùmeot affreux^ Parie souffrait mcûns que la France. La faim , le désespoir, perdus dans lesprovinoes lointaines, n'avaiéntaucnne âme à toucher et à intérefi«er. Les farouches haUtanf s des faubourgs qui, d'auxiliaires de la Conventicm, s'étaient faits ses maîtres, «ligeaient du pain et des spéciales, en retour de ia domination qu'ils lui avment donnée. Les spectacles ne manquateat pas:; c'^ient des fôtes pseudo-^grecques et romaines, organisées par David, avec des déesses prises à TOlympe de TOpéra. Quant au pain, il était plus rare ^ue les filles.

La Convention avait pensé qu'il n'y avait pour elle qu'un moyen de n'être pas dévorée par les faubourgs de Paris, c'était de les nourrir. C'est dans ce but qu'elle imposa des sacrifices énormes au budget,

1 Moniteur du 23 février 4794, séance de la GoiweDtkm da 24, discours de Legeudre.

afin de flMÎBtenk <MmstaMfMii4 à Pirn à inn prix les denrées «Inestâirts* Ainsi ^ le {Mîx an pain Usd consmmimt (ei» à >tttm mBs la ttrre à Pam, «éme lorsqu^M 'Coûtait vingi^inq frMics ailleurs. Natoralle* ment, les bonlangers ne rapportaient pas des partes seodilables ; c était le badget général 4e la FrMce qnileswaTnail.

Cétarit nu ^ctacle taonlem ei «nrrant de roir les habitants de cette malheureuse ville de Paris, entaa^ dMiqoe par avx portes ûm èoviangers et dlea touchers, attendant, tear wsmém d'erdre «4 lenr carte de civisme à la main^ ksi tiw ^qMrMtMs de fmm H de viandk q» leur acoordatit ta ftépÉblfqu^'. Tons an étaient rédnits là, lea rjdiea eoeome les pairrres^ si

^ Nous croyons devoir consigner ici , au sujet des trois quarterons de pain accordés aux Parisiens par le Comité de salul public, ie témoignage d'un contemporain éclairé, M. Audot, ancien libraireéditeur :

c Vous nourrissez trop bien les Parisiens, nous éerH-<l , -eiMtéfétant qu'ils n'étaient nourris qu*avec trois quarterons de pain par jour.

» Il y avait sans doute des jours heureux à trois quarts; mais il y en a eu à deux quarts, à un quart, et beaucoup à deux onces , ce qui fait un demi-quart. Ces deux ouces, j'allais, enfant de douze ans , les attendre, dès quatre heures du matin, à la queue, devant les maisons de la rue de V Ancienne Comédie, pour les recevoir de la main de M. Loquin, boulanger, dont la boutique existe encore, mais pleine d'excellent pain. En arrivant plus tard à la queue, la provision de M. Loquin pouvait être épuisée.

» On était récompensé de tant de peine , par la bonne qualité du son qui pesait un quart, sur le quart d'once de pain très-tendre et très-mou du maximum : donc, encore un quart d'eau surabondante. Je rapportais, pour quatre personnes que nous étions, huit onces de pain pour la journée. »

ToQ peut donner le nom de riches à des familles toujours tremblantes pour le dîner du lendemain.

Il arriva un jour où la République fut impuissante à continuer cette aumône. C'était le 1^' septembre 1 796. L'arrêté du Directoire du 22 août, qui fonnula cette mesure, n'excepta que les vrais indigents; mais les cat^ries qu'il rangea sous cette dénomination comprenaient encore au moins les deux tiers de la ville.

Peu à peu , le peuple de Paris eut honte de cet état de dégradation où ses maîtres l'avaient réduit. L'ouvrier rougit de cette aumône officielle, sans charité et sans dignité. Il abandonna les portes des boulangers, où l'attendait moins de pain que d'ignominie ; et il aima mieux payer tout plus cher, travailler davantage et n'être plus mendiant \

^ Moniteur du 26 août 4794, séance de la Convention du 23, discours de Richaud.

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