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LIVRE DIX-NEUVIÈME

l'Europe. Elle n'avait à défeadre ni ses lois, ni ses frontières.

Quel but se proposait-elle donc , ou du moins quelle était la pensée de ceux qui allaient la précipiter dans vingt années de sanglantes aventures?

Ce n'est donc point parce que la France avait à défendre ses institutions ou ses frontières menacées, que Brissot votait vingt millions au gouvernement de Louis XYl, et demandait que Ton déclarât la guerre à l'Europe, Il voulait, au contraire, que la Pranoe fît la guerre, parce qu'à son avis, et en l'état des dispositions et des forces des puissances, la France pou**vait entreprendre cette guerre offensive sans danger et avec fruit,

a S'il se trouve, dit-il, des princes étrangers qui peuvent et veulent faire la guerre (et il venait de prouver qu'il n'y en avait aucun) , il faut les prévenir; car l'ennemi qu'on prévient est à moitié vaincu. Ou bien ils ne voudront pas la guerre et ils ne font que semblant ; et alors il faut les démasquer, en constatant aux yeux de l'Europe leur impuissance. Cet acte authentique d'un grand peuple est le sceau qui doit conserver la révolution.

» Ainsi, la guerre est nécessaire; la France doit l'entreprendre pour son honneur. Elle serait en effet à jamais déshonorée si quelques milliers de rebelles pouvaient la portera des capitulations sur ses loi^ ^ »

< Moniteur du 31 décembre 4791. Suite du discours de Brissot.

iî8 HISTOIRE DU DIRECTOIRE.

Assarément, faire la gaerre à l'Europe par la raison qu'on n'avait rien à craindre d'elle, c'eût été ou trop naïf, ou trop cynique , et se conduire ou en enfants, ou en brigands; aussi Brissot ne donnait-il pas à TAssemblée ses vraies raisons et celles de son parti; mais ce qu'il ne disait pas à la tribune législative, il le disait à la tribune des Jacobins.

II faut se rappeler que toute la puissance politique réelle appartenait alors au club des Jacobins, et que Petion, Brissot, Guadet, Yergniaud et Gensonné y étaient les maîtres; Robespierre, Danton et Marat n'y dominaient pas encore, et leur puissance n'y devint prépondérante qu'après le 1 0 août.

La question de la guerre fut donc débattue aux Jacobins, en même temps qu'à l'Assemblée, et à peu près par les mêmes orateurs. Là , tout le monde fut net et explicite, et Brissot y dit ses raisons, comme tout le monde.

Trois grandes raisons, toutes à peu près également révolutionnaires, portaient alors les jacobins à vouloir et à demander la guerre.

La première, excusable dans son but, quoique insensée en elle-même , était de rétablir le crédit déjà fort ébranlé des assignats, et de détruire l'agiotage, basé sur la variation de leur cours. Comment la guerre , qui

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