‹ Histoire du directoireChapitre 192 sur 241 · LIVRE DIX-NEOYIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DIX-NEOYIÈME

est toujours coûteuse, et dont Fissue est toujours incertaine, pouvait-elle consolider la valeur d'un papiermonnaie irréalisable, et dont le gage pouvait précisé* ment être dévoré par des armements capables de tenir tête à l'Europe? Assurément, personne de raisonnable et de pratique ne se chargerait d'expliquer une telle énigme. Cette raison n'en était pas moins le mot d'ordre des jacobins; et Vergniaud avait commencé par l'exposer dans V Adresse au peuple français qu'il proposa à l'adoption de l'Assemblée le 27 décembre 1791 :

(( On lance le monstre de l'agiotage non-seulement sur vos changes avec l'étranger, qui ont une si grande influence sur vos rapports commerciaux, mais encore sur vos assignats, d'où dépendent toutes les fortunes individuelles et la fortune publique. Serait-il à craindre qu'une aveugle crédulité vous rendit les victimes de si grossières impostures? Eh! dans quel temps laisseriez-vous donc atténuer votre confiance en vos assignats, dont le gage est sous vos yeux et en vos mains \... lorsque de grandes mesures vont faire tomber cette ceinture de conjurés qui soufflent saus cesse dans votre sein la crainte et la discorde, pour harasser votre crédit et votre patriotisme * ? »

Brissot avait développé la même idée au club des

^ Moniteur du 44 janvier 4792.

2 Celte dernière phrase n*est pas dans le texte de l'adresse rapporté par le Moniteur. 11 faut la lire dans Prudhomme, Jiévolutions de Paris, t. XI, p. 6.

410 H18T0IRB DU DIRBGTOIRB.

XacobÎDS en disant : « La guerre seule peut détruire l'agiotage. . . La guerre seule peut rétablir la confiance et la balance du commerce \ d

Une pareille idée, en la supposant sincère, était, nous le répétons, excusable dans son but; mais les girondins donnaient une étrange opinion de leur bon sens comme hommes, et de leur habileté comme politiques, en fondant sur une guerre européenne sans objet précis, et par conséquent sans terme, la prospérité du commerce et la consolidation du crédit.

La seconde raison alléguée par les jacobins en faveur de la guerre dévoile un peu leur pensée véritable, que nous mettrons bientôt dans tout son jour. Vergniaud avait dit dans son Adresse au peuple français :

(( C'est aussi la cause des peuples que vous embrassez en défendant la vôtre ; c'est aussi pour eux

qu'est écrite la déclaration des droits Jadis les rois

ambitionnaient le titre de citoyen romain; il dépend de vous de leur faire envier le titre de citoyen français *.

» Aucun danger ne pourra faire oublier à la nation française que la loi de légalité doit être universelle*. »

Ainsi Vergniaud publiait assez clairement, comme

* Prudhomme, Révolutions de Paris, t. X, p. ^\9, 820.

* Moniteur un U Janvier 4792.

•Voir le texte de l'adresse dans Prudhomme, Révolutions d$ Paris, t. XI, p. 42.

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