LIVRE DIX-NEUVIÈME
PetioQ ne tenir aucun compte de cette attitude calotô et presque bienveillante des puissances, imposer d'abord un ministère de leur choix à Louis XVI , et, à Taide de ce mini^ère, lui imposer ensuite la déclaration de guerre.
Eu égard à l'énormité et à la monstruosité que présentait^ aux yeux de TEurope, le spectacle de la révolution française en i 795 , on ne trouverait pas , dans l'histoire , un autre exemple de la longanimité que témoignaient les souverains.
Déjà, depuis deux ans, Téquilibre européen et les traités étaient rompus, par le fait de la révolution. Le pape s'était vu enlever Avignon ; les princes allemands de la rive gauche du Rhin , leurs possessions de l'Alsace. En outre, c'était, de tous côtés, à la tribune législative, dans les clubs, dans les journaux, un torrent fangeux et immonde d'injures basses et atroces, dirigées contre le catholicisme et contre la monarchie, c'est-à-dire contre la base même de toutes les sociétés de l'Occident.
Et quelles représailles l'Europe avait-elle exercées? Elle donnait à peine du pain à quelques milliers d'émigrés, exaltés, fougueux, pleins d'illusions, comme tous les bannis ; mais elle ne leur avait donné ni des généraux , ni des subsides , comme la France Tavait fait pour les Polonais sous Louis XV; encore moins leur avait-elle donné des bataillons et des es-
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cadres y comme la France Tavait fait pour les Américains sous Louis XYI.
Les cercles du Rhin exerçaient envers les émigrés cette hospitalité qui est de tradition chez tous les peuples civilisés, et à laquelle toute nation se fera toujours gloire de ne point manquer.
Cependant, comme les émigrés nourrissaient publiquement des idées hostiles contre le nouveau gouvernement de la France, Léopold , nouvel empereur d'Allemagne et roi de Hongrie, distinguant rhospitalité de la connivence, dispersa, dès l^mois d'octobre i 791 , tous les rassemblements de Français dans ses Etats, interdit tout achat d'armes, toute démonstration militaire, et obligea les émigrés qui voudraient rester sur son territoire à vendre les munitions qu'ils auraient pu réunir \
A la fin de décembre , il notifia , comme chef de TEmpire, à tous les électeurs, la complète neutralité envers la France, et annonça à ceux qui n'adopteraient pas les mesures qu'il prescrivait à l'égard des émigrés, qu'il ne les secourrait pas en cas d'agres-
sion *.
Tous les princes se hâtèrent de se conformer aux vues de l'empereur ^. Le 2 janvier 1792, le prince
< Note du prince de Kaunitz au duc d'Uzès et au marquis de la Queuille, 22 octobre 4791.
2 Noie oflScielle de l'empereur à l'électeur de Trêves et aux autres priaces, lue à l'Assemblée législative, le 15 jaovier 1792.
* Note officielle remise, le 31 décembre 4 791 , de la part de l'élec-