LIVRE DIX-NEUVIÈME. U
çaise regarde comme infâme, comme traître à la patrie, coupable du crime de lèse-nation, tout Français qui prendrait part, soit directement, soit indirectement, soit à une médiation entre la nation et les émigrés, soit à une composition avec les princes possessionnés en Alsace * ; » — et c^endant ces princes étaient des étrangers, non soumis aux lois de la France, et qu'on avait dépouillés de leurs propriétés.
Le 25 janvier, Hérault de Séchelles proposait et faisait adopter un message au roi, tellement violent, tellement injurieux, tellement comminatoire pour les puissances européennes, qu'il eût été l'équivalent d'une déclaration de guerre immédiate*, si le roi n'avait ramené les esprits par une lettre à l'Assemblée, en date du 38 janvier, où il disait: « Quelle preuve plus sincère puis-je donner de mon attachement à la Constitution, que de mettre autant de mesure dans les négociations qui tendent à la paix, que de célérité dans les préparatifs qui permettront, s'il le faut, d'entrer en campagne dans six semaines^? »
Ainsi, tout en France *était à la guerre, tout parlait de guerre et y poussait ; deux nouveaux maréchaux, Luckner et Rochambeau, nommés pour la
^ Moniteur du 15 janvier 1792.
^ Voir les quatre articles du décret ordonnant le message, dans le Moniteur du 26 janvier 1792. .
3 Moniteur du 29 janvier 4792.
conduire, venaient exposer leurs plans à l'Assemblée : seuls, les grands Etats européens avaient une attitude calme, digne, réservée, négociaient, se taisaient et attendaient.
Les girondins avaient deux instruments politiques, auxquels ils recouraient tour à tour : la déclamation et la violence, le club et Témeute. Au point où nous en sommes, tout est préparé, dans les esprits, pour déclarer la guerre; il ne s'agit plus que d'enlever cette déclaration par un coup de main.
Le 10 mars, sur la proposition de Brissot, de Vergniaud et de Guadet, M. de Lessart, ministre des affaires étrangères, est décrété d'accusation, et renvoyé devant la haute cour d'Orléans, c'est-à-dire, par le fait, devant Fournier l'Américain et les autres assassins de septembre.
Cette mesure violente , emportée avec la pression des tribunes, était une brèche faite au pouvoir. Les girondins y entrèrent le i 5, en la personne de Dumouriez, désigné par Petion, Gensonné et Brissot \ Et sous quels hospices débutait ce nouveau ministre? Il se rendit, le 14 mars, la veille de son entrée au conseil, mais déjà ministre nommé, au club des jacobins; et là, coiffé du bonnet rouge, il annonça, avec le poids de sa parole officielle, la prochaine déclaration de guerre *.
Toutefois les girondins voulaient, non assister au
» Dumouriez, Mémoires, t. II, f. 436, 437. 2/6id., p. 447.