LIVRE DIX-NEUVIÈME
conseil, mais y dominer. Deux des leurs, Roland et Clavière, désignés par la faction , y entrèrent encore le 23; et quelques jours plus tard, ils occupèrent enfin, en la personne de Servan, le ministère de la guerre.
Voilà donc aux prises, face à face , dans les conseils même du gouvernement, Louis XVI et les girondins. Quelles dispositions y apportait-on de part et d'autre? Ecoutez Dumouriez, l'homme choisi par les girondins eux-mêmes :
« On avait fort trompé Dumouriez sur le caractère de Louis XVI, qu'on lui avait peint comme un homme violent et colère, qui jurait beaucoup et maltraitait ses ministres. Il doit au contraire lui rendre justice, en assurant que, pendant trois mois qu'il l'a vu particulièrement, et dans des circonstances très-délicates, il l'a toujours trouvé poli, doux, afifable, et même très-patient.
» Ce prince avait une très-grande timidité, qui venait de son éducation et de sa méfiance de luimême ; de la difficulté à parler, un esprit médiocre mais juste, le cœur pur, le sens droit, beaucoup de connaissances sur les arts, l'histoire, et surtout la géographie, et une mémoire étonnante. Il avait le caractère très-faible, et cependant une grande fermeté qu'on pourrait alors plutôt appeler une grande résignation. Il a parlé plusieurs fois à Dumouriez de
sa mort, comme d'un événement qu'il prévoyait, et il en parlait avec le plus grand sang-froid ' . »
Voilà ce qu'était le roi ; voici ce qu'étaient les girondins :
« Dumouriez dit à Gensonné que ses confrères commençaient à devenir une faciion trop ambitieuse, et que la pétulance de Guadel, la légèreté de Brissot, la noirceur de Condorcet les perdraient. Cette faction n'a jamais été bien unie*. Gensonné y tenait, pour tâcher de la bien conduire; Vergniaud avait souvent des querelles avec elle, Guadet et lui étaient rivaux de tribune. L'orgueil avait plus de part dans leur conduite que le patriotisme *. »
Tous les ministres girondins voulaient la guerre, et la voulaient à tout prix. Le jour même de leur entrée aux affaires, un décret mettait les biens des émigrés sous le séquestre , et en affectait le revenu au payement des charges de la guerre.
Une démarche fut faite par Dumouriez auprès du roi, pour qu'il engageât fortement les princes ses frères à rentrer en France. On espérait qu'il se refa-
1 Dumouriez, Mémoires, t. II, p. 439.
2 La fin si courageuse et si noble attribuée aux girondins et leur fameux banquet, s(»tdeux fables absurdes. Ils se montrèrent au tribunal révolutionnaire avec la plus grande lâcheté, et se couvrirent muluellement d'injures atroces. — Voir leur procès au Bulletin du tribunal révolutionnaire , t* partie, n"» 31 à 61.
3 Dumouriez, Mémoires, t. II, p. 174, 475,