‹ Histoire du directoireChapitre 202 sur 241 · LIVRE DIX-NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DIX-NEUVIÈME

serait à cette mesure , et Ton n'eût pas manqué de le dénoncer à l'Assemblée , comme Roland eut la làch^ de le faire, le jour où il fut congédié. Louis XVI déjoua ces calculs par sa franchise. « Louis fit cette démarche sans balancer, dit Dumouriez ; il envoya aux princes le chevalier de Coigny : il leur écrivit avec instance de sa main. Tout fut inutile ^ y>

Dumouriez fit plus; afin d'empêcher, disait- il, que tout le ressentiment de la nation ne retombât sur Im et sur la reine, et pour prouver la fausseté de ï existence du comité autrichien j il demanda au roi d'écrire lui-même à l'empereur. « Le roi suivit ce conseil avec l'air de la plus grande confiance, et même de la reconnaissance; il fit une lettre parfaitement raisonnée , et toute de sa main , pour l'empereur, et il approuva le choix d'Emmanuel de Maulde pour celte mission extraordinaire ^. »

Mais, hélas! comment les Etats européens, comment le roi de Hongrie et «le Bohême auraient-ils pu, un instant, perdre de vue que la guerre était résolue par les factions qui dominaient la France? Comment n'auraient-ils pas conservé une attitude réservée, en présence d'un langage hautain et insultant , langage qui ne serait pas admis même d'homme à homme ? Comment n'auraient-ils pas réclamé la restitution du Comtat et des possessions d'Alsace ? Comment, sommé de rompre le concert, créé par Joseph II, avec les ca-

1 Duinourî€2^ Mémoins^ t. II, p. 470.

2 Ihid., p. 204.

binets européens , l'empereur u'aurait-il pas fait répondre par le prince de Kaunitz :

« Quant au concert dans lequel feu S. M. Impériale, s'est engagée avec les plus respectables puissances de l'Europe, le roi de Hongrie et de Bohème ne saurait anticiper sur leur détermination commune. Mais toutefois il ne croit point qu'elles jugeront convenable ou possible de faire cesser ce concert, avant que la France fasse cesser les motifs graves et légitimes qui en ont provoqué ou nécessité l'ouverture '. »

Dumouriez valait beaucoup mieux que les girondins; il avait plus d'esprit, plus de bon gens, plus de courage; mais il était de ceux qui s'imaginent que l'on calme les factions en leur cédant. Il ne comprenait pas que les factions se servent de ce qu'on leur concède pour arracher ensuite ce qu'on leur refuse, et qu'il est de la nature même du désordre de ne pouvoir jamais être assouvi.

Il s'était lui-même tant avancé, tant compromis, que, ne pouvant résister au mouvement, il se mit à sa tête; et, le 19 avril 1792, ses collègues et lui firent signer au roi la déclaration de guerre.

Les girondins auraient voulu que cette démarche fût faite au nom de leur philosophie et de leur métaphysique, et annonçât la grande mission armée dont

1 Noie officielle du prince de Kaunilz, du 48 février 1792 ; — Dumouriez, Mémoires, t. II, p. 432.

Page 1