‹ Histoire du directoireChapitre 208 sur 241 · LIVRE DIX-NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DIX-NEUVIÈME

Reste maintenant la question de T effectif des armées de la Révolution , et Ton va voir que , sur cette matière , les préjugés sont allés encore plus loin que sur leur nombre.

Dans un exposé qu'il faisait à la Convention , le 25 septembre 1793, Billaud-Varenne lui annonçait en ces termes qu'elle disposait d'une armée de dixhuit CENT MILLE SOLDATS .* (i C'cst à la Conveution à se maintenir à la hauteur à laquelle Ta placée le Comité de salut public; c'est à elle à se montrer grande; c'est à la Convention à diriger les dix-huit cent mille SOLDATS qui sont levés, et nos ennemis disparaîtront ^ »

Billaud-Varenne sentait si bien, en s' exprimant ainsi, tout ce qu'il y avait d'impudence dans son affirmation, qu'il avait la maladresse d'ajouter, dans le même discours, pour rassurer la Convention justement effrayée de la défaite générale de ses armées : « Quant à notre situation, elle est loin d'être désespé-rée; n'écoutez pas les hommes dont le talent est de tout paralyser en semant des craintes. » Il est certain d'ailleurs que ces craintes étaient fondées : la Vendée était en feu ; l'ennemi tenait les places fortes du nord; les Anglais étaient à Toulon, et Barrère dit, en parlant de cette époque : « Tout était perdu, si ,

^ Moniteur du 27 septembre 1793, discours de Billaud-Varenne.

ieS HISTOIRE DU DIRECTOIRE.

au printemps , la Convention n'avait pas sur pied des forces immenses ' . »

Ce fat en vain que Billaud-Varenne déclara insister sur les dix-huit cent mille soldats qui défendaient la République ; personne ne voulut y croire , et la tradition s*est bornée à consacrer les quatorze armées de cent mille hommes chacune.

Bouchotte , qui était ministre de la guerre à cette époque, trouva que quatorze cent mille hommes ^ c'était encore un peu trop pour un gouvernement battu presque partout; et, dans un mémoire publié depuis lors, il se contenta de donner à la République plus (f un mitKon de soldats '.

Nous voilà donc descendus des dix -huit cent mille combattants de Billaud-Yarenne au million et un peu plus de Bouchotte; mais, malheureusement pour tous ces beaux calculs, les états officiels du ministère de la guerre, pour le mois de septembre 4791, c'est à- dire pour Tépoque où les forces de la République atteignirent le chiffre le plus élevé, ne constatent comme présents sous les armes que sept cent quaranteneuf MILLE CINQ CENT QUARANTE-CINQ SOLDATS*. O,

s'il n'y avait que 749,545 hommes sous les armes en septembre 1794, que faut-il penser, et du million passé de Bouchotte, et du million huit cent mille

* Barrère, Màmoires, t. II, p. 418.

'^Fuchez et Roux, Histoire parlementaire de la Révolution franp(i«>»,t« XXXI, p.236.

3 Bûchez et Roux, Histoire parlementaire de la Révolution françaiBê, t. XXXHI, p. %n.

UVRE DIX-NEUVIBME^ 463

coffîbaMants de Billaud^Vareniie , en «793, quand la Fraittse était battue et son territoire enrahi?

En ac»mne, toutes les exagérations, traditionnelles sur les forces ntilitaires de la République sont rédtiites ao chiffre, de 749,545 hcnnines, pésents sous le» drapeaux, au nioi& de septembre 1794. C était assurément» une armée bien ncsaubreuse , quoiqu'elle ne sait que la moitié de l'armée attribuée générale* ment au Comité de salut public; mais^ nous allons montrer que oes états ofiSciels du ministère de la guerre sont faux; et que, selon tontes les probabilités, les forces de la République ne dépassèrent jamais cinq cent mille hommes.

Plusieurs faits authentiques établissent que, fort souvent, les états officiels du ministère de la guerre n'étaient pas exacts.

Ces états portaient l'effectif de Farmée dn Nord , pour le mois de juillet 1793, à 92,000 hommes. Or, 1«3 notes relative» à cette armée, relevées par Saint- Just, réduisirent cet e^ctif à 53", 000 hommes, et les hommes présents sous les armes à 40*, 288 '.

Au mois d'octobre de la même année, le ministre de la gmerre, Bôttchotte, se fondant sur les états qu'il avait ^His les yeux, prescrivit au: général de division Ferrand , qui commandait à Màubeuge, une certaine disposition, laquelle, indépendamment, des* troupes

1 Barrèrf , Mémomiy t lY, p. 441, 445^.

i64 HISTOIRE DU DIRECTOIRE.

nécessaires à la ville et au camp retranché, exigeait environ de dix à douze mille hommes. Le général Ferrand répondit en ces termes au ministre, qu'il était loin d'avoir les troupes qu'on lui supposait :

« Quant aux 10 à 12,000 hommes que vous mettez si gratuitement à nia disposition, vous n'avez pas sans doute consulté les états de situation que je vous ai fait passer. Vous y auriez vu que je n'ai jamais eu plus de 13 à 14,000 hommes en activité de service et portant les armes, tant dans la ville que dans le camp retranché; et que, d'après cela, il devenait impossible d'exécuter des projets qui sont si faciles à combiner de loin \ »

Au mois de novembre suivant, sur le vu des états soumis au Comité de salut public par le ministre de la guerre, au sujet de l'armée du Nord, états qui portaient la force effectixe de cette armée à 1 41 ,000 hommes , sans compter les garnisons, le Comité ordonna que 10,000 hommes de cette armée seraient envoyés dans la Vendée.

Le général Jourdan, qui commandait l'armée du Nord, répondit au Comité de salut public que , si on lui enlevait 10,000 hommes, il lui resterait bien peu de chose.

Le Comité de salut public , étonné d'une pareille réponse, chargea Carnot de demander au général Jourdan la véritable situation de l'armée; et voici en quels termes s'exprimait Carnot :

* Correspondance inédite du Comité de salut publiCy t. II, p. 353.

Page 1