‹ Histoire du directoireChapitre 211 sur 241 · LIVRE DIX-NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DIX-NEUVIÈME

jours délibéré avec eux , je déclare que je ne m'en séparerai point*. »

Avec la moitié de cette fermeté d'âme, Camot n'aurait jamais mis la main, même par complaisance, aux excès odieux et sanglants dont il crut plus tard que le point d'honneur Tobligeait à revendiquer ainsi la solidarité.

Barrère était excusable de se montrer plein d'enthousiasme pour les talents de Carnot , soit comme directeur de la guerre, soit comme ingénieur, soit comme tacticien. Il avait le droit de l'admirer, n'étant pas en état de le juger *. L'empereur seul avait pleine autorité pour juger Carnot sans appel; et il l'a mis au rang des administrateurs , des ingénieurs et des tacticiens médiocres.

c(II était, dit-il, travailleur, sincère dans tout ce qu'il faisait, sans intrigue, et facile à tromper. Au, Comité de salut public , il dirigea les opérations de la guerre; il y fut utile, sans mériter les éloges qu'on lui a donnés. Il n'avait pas la moindre expérience de la guerre ; ses idées étaient fausses sur toutes les parties de Tart militaire, même sur l'attaque et la défense des places, et sur les principes des fortifications, qu'il avait étudiés dès son enfance. Il a imprimé sur ces matières des ouvrages qui ne peuvent être avoués

* Moniteur du 5 octobre 1791.

* Voir dans les Mémoires de Barrère , t. II, p. 364 et 365 , les éloges exagérés qu'il prodigue à Carnot.

q«6 par un komme qui n*a aacQue pratique de la gaerre. . . Après le 1 8 brumaire , il fut rappelé et mis aa ministère da la guerre par le premier coiisn}; U y mootra peu de talents^ et eut avec le ministre des fiittMces et le directmir du trésor, Dufre^e ^ beaucoup de querelles, dans lesquelles il avait le plus souvent tort. EqQu, il quitta le ministère , persuadé qu'il ne pouvait plus aller faute d'argent \ »

Si Ton regarde aux résultats de l'impulsion cfonoée par Carnot aux opérations militaires de la révolution, on ne trouve rien qui vienne contredire le jugement de l'Empereur, quelque froidement sévère qu'il soiL

En somme, la révolution n'eut que trois généraux qui firent des conquêtes : Pichegru, en Hollande; Bonaparte, en Italie; Brune, en Suisse. Les autres généraux, et les meilleurs, Jourdan, Hoche, Moreau, livrèrent et gagnèrent d'immortelles batailles, mais ils ne firent pas de conquêtes; ils passèrent le Rhin souvent, vainqueurs , mais ils le repassèrent aussi souvent, vaincus. Moreau fut le plus illustre d'entre eux; et son plus beau fait d'armes, c'est une retraite.

Donc, Pichegru, pendant l'hiver de 1794 à 1795; Bonaparte, pendant le printemps et l'été de 1796; Brune, aux mois de mars et d'avril 1 798 , firent des

1 Monthohm, Mémoires écrits àSainU-^élèm, t. Ul, p. 425-426. Les Mémoires historiques et militaires sur Carnot , rédigés diaprés ses manuscrits , assurent, page 250, que l'Empereur s'était exprimé ainsi au sujet de Carnet , par l'effet d'une petite jaUmsie. Noos avons dû rapporter la remarque ; la postérité décidera si rBim>ereur pouvait être jaloux de la gloire de Carnot.

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