LIVRE DIX-NEUVIÈME
guerre, de cette correspondance qu'il recevait, qu'il dépouillait, qu'il lisait, et à laquelle il répoadait.
Carrier lui écrivait le 20 octobre 1793 : « Tout ira; mais f ! il faut des exemples terribles, et la poursuite rigoureuse des brigands que nos troupes et nos généraux désirent aussi ardemment que nous '. »
Carrier lui écrivait encore le 1 1 décembre 1 793 : « J'enverrai aux généraux Dulruy et Haxo l'ordre de mettre à mort, dans tous les pays insurgés , tous les individus de tout sexe qui s'y trouveront indistinctement^ et de tout incendier.-. Les cinquante-huit prêtres arrivés d'Angers ont péri sur la Loire. Que sont devenus les cent trente contre-révolutionnaires que j'ai envoyés en échange à Angers? On ne m'en donne pas de nouvelles aussi positives ^.
Laurent lui écrivait le 1 4 octobre \ 793 : « Il faut électriser le peuple; il faut faire trembler les aristocrates. Faites-moi passer des nouvelles de la guillotine^. »
Duquesnoy lui écrivait le 1 8 octobre 1 793 : « Je
vous envoie quatre jean-f à raccourcir. Le premier
est le général de brigade Gratien... le second est le commandant du 25^ régiment de cavalerie... le troisième est le commandant temporaire d'Avesnes... le .quatrième est un Mandais, nommé Mandeville, que j'ai entendu nommer ce matin monsieur le marquis.
^ Correspondance inédile du Comité de salut public , t. I, p. 338. «/6id., 1.1, p. 422 et 423.
3 /6tc/., t. IF, p. 305.
Gomme je n'aime pas les marqais, je voas Tenvoie ^ » Le coeur de Carnot ne se soulevait pas de dégoût en lisant ces dépêches ignobles; et ce soldat ne monrait pas cent fois, plutôt que de faire les commissions du bourreau!
Barrère dit de Carnot qu'il ouvrit la carrière à tous les officiers de l'Empire, et que la plupart d'entre eux avaient sur leur brevet ces deux signatures ; — Carnot; — C. A. Prieur. C'est vrai; mais si Carnot et Prieur ouvrirent la carrière à tant de guerriers illustres, à combien de misérables et d'imbéciles ne l'oavrirent-ils pas aussi, à la recommandation des clubs I Qu'on juge de l'état dans lequel la faiblesse de caractère de ces deux hommes avaient jeté l'armée, en songeant que, dès les premiers mois du Directoire, Carnot lui-même dut réformer vingt-trois mille officiers, dont la plus grande partie lui devaient leurs grades *.
Il souffrit que les généraux fussent insultés, outragés, destitués, emprisonnés par des représentants du peuple, habituellement sans aucune connaissance de la guerre; et l'un d'eux lui écrivait le 31 octobre 1 793 : « Nous commençons à fourrer nos prisons de généraux •. »
* Correspondance inédite du Comité de salut public^ t. Il, p. 323.
2 Mémoires historiques et militaires sur Carnot , rédigés diaprés ses manuscrit , p. 81.
' Correspondance inédite du Comité de sahU public, t. II, p. 359. Lettre de Laurent.
Googk