LIVRE TROISIÈME
Toutes leâ notions de la pudeur et de la morale avaient été profondément atteintes par quatre années de bouleversement social. Le député Bérenger pouvait dire avec Faveur, au conseil des Cinq-Cents , le 10 octobre 1797, que si les enfants appartenaient encore à leurs parents, ce n'était que par V effet (Tun préjugé généralement répandu * ; et, peu de temps après, rétablissement de la polygamie était solennellement proposé au Grand-Conseil de la République Cisalpine ^.
Comme la haine de Tordre, la haine de la religion était descendue sur la France des hautes régions de la société; et les mêmes classes avaient fourni les révolutionnaires et les athées. Le peuple avait conservé de la religion, même sous l'empire de la Terreur, toutes les choses intimes qui avaient pu échapper à la police des Jacobinières. Certaines contrées de la France, moins tourmentées que les autres , avaient réussi à cacher leurs prêtres au fond des bois ou dans les grottes des montagnes; et le député Laporte, ancien membre du comité de sûreté générale, constatait à la tribune de la Convention, le 21 février 1795, que le gouvernement n'avait jamais cessé d'être harcelé
< Moniteur du 4 3 octobre 4797, discours de Bérenger au conseil des Cinq- Cents, sur les enfants de la patrie.
^ Voyez les réflexions apologétiques du Moniteur , numéro du 46 avril 4798 , sur la motion de Compagnoni.
5» HISTOIRE DU mRECTOIRE.
par les récIamatioBe do; peuple y resté fidèle à ses croyances ^
Les révolotionnaires firent les plas grands efforts pour écarter ces questions religieuses, qui résistaient opiniâtrement et revenaient sans cesse. Chauniette eut beau imposer par la guillotine l'abjuration du culte aux sections de Paris; Robespierre eut beau essayer la fondation d'une croyance rationaliste ; Chénier eut beau proposer, le 21 août 1794, l'établissement des fêtes décadaires, avec des vieillards faisaiit un cours de morale dans les églises, avec le chant de la Marseillaise^ et des danses républicaines sous les voûtes des basiliques profanées * ; les populations refusèrent de danser sur les dalles qui recouvraient les tombeaux de leurs familles ; et les réclamations de la France entière arrachèrent à la Convention le décret du 21 février 1793, portant que désormais aucun culte ne pourrait être troublé '.
Décret bien timide, bien restrictif, refusant toute église, tout presbytère, interdisant tout signe extérieur du culte, n'en reconnaissant pas les ministres, proscrivant Thabit ecclésiastique, soumettant les réunions des fidèles à la surveillance de la police; mais permettant enfin de s'épancher à toutes les âmes que la foi avait remplies et consolées. Le gouvernement, toujours philosophique, ne s'interdisait pas les petites
1 Moniteur du 24 février 4795.
2 Momitêur du 33 aeût 4794.
> Moniteur du 24 février 4795.