‹ Histoire du directoireChapitre 222 sur 241 · LIVRE DIX-NEUVIÈME. i · texte numérisé non relu

LIVRE DIX-NEUVIÈME. i

conté sur les échafauds. Il sentit le besoin de plaire ; il se laissa entraîner par les meneurs du parti de Fétranger. Alors il fut porté aux nues ; mais il ne mérita pas les éloges des ennemis de la France. Il se trouva placé dans une fausse position , et succomba au 18 fructidor ^ »

Carnot n'avait aucune opinion politique , et il était rhomme le moins fait pour vivre dans une révolution. Il resta toujours celui qu'il avait peint lui-même, un Tèveurnégligé, solitaire ^ distrait, préoccupé ^ une espèce de philosophe j c'est-à-dire une espèce d'original. Il ne lui arriva peut-être pas, en sa vie, d'avoir émis rnie opinion contre laquelle il ne se soit ensuite ouvertement déclaré.

Il s'était opposé vivement à l'établissement du Directoire*; — et il fut l'un des cinq premiers directeurs.

Il s'était opposé vivement à l'établissement de l'Empire*; — et il en fut le ministre et le pensionnaire.

Il s'était opposé vivement à l'établissement de l'ordre de la Légion d'honneur*; — et il fut l'un de» premiers décorés.

Il s'était opposé vivement à rétablissement de te

* Monlholon, Mémoins écrits à SainU^HéUne, t. III, p. 425 et 4^. ^ Mémoires historiques et militaires sur Carnot, rédigés d'après ses manuscrils, p. 79.

3/6td., p. 449, 430, 470.

^ Ibid,, p. 4 47.

m HISTOIRE DU DIRECTOIRE.

noblesse de l'Empire ' ; — et il reçut de FEmpereur le titre de comte.

II avait affiché son républicanisme et , C/Omme il disait, sa haine des tyrans; — et il proclama spontané* ment, en 1 81 4, tes droits des descendants de Henri IV au trône de leurs pires.

On le voit, il serait difficile d'êlre, comme disait Carnot de lui-même , plus distrait et plus original.

Carnot faisait toutes ces choses avec la même conviction et, comme nous disions, avec la même bonhomie. Il serait consciencieusement impossible de lui en faire un crime ; mais il serait difficile de lui en faire une vertu.

Il montra, pendant ses deux années de gouvernement directorial , un tel regret des excès de la révolution, que les royalistes le crurent acquis à leur cause, et leurs journaux lui créèrent cette réputation immense qui est restée depuis lors attachée à sa mémoire. Cependant, c'était bien mal le connaître que de le croire capable de conspirer et de faire un coup de main. Il eût signé cent conspirations, Tune après l'autre , sans les lire; mais il était incapable d'en ourdir une seule. Il resta donc complètement étranger aux menées royalistes qui motivèrent le coup d'Etat du 18 fructidor an V, — 4 septembre 1797; — et, chose qui ne pouvait arriver qu'à lui, il perdit la partie avec les conspirateurs, sans avoir été de leur jeu.

* Mémoires historiques et militaires sur Carnot , rédigés d'après 863 manuscrits, p. 425.

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