LIVRE TROISIÈME
le 25 octobre 1795, mie loi qui établissait un système complet d'enseignement, comprenant des écoles primaires dans les cantons, des écoles centrales dans les chefs-lieux de département, des écoles spéciales dans certaines villes, et enfin un Institut national à Paris ^
Ce système d'instruction publique, même décrété, resta une chimère pour deux grandes raisons. D'abord, il n'y avait plus de livres d'enseignement à donner aux élèves; ensuite, il n'y avait pas d'ai^nt dans les caisses de l'État pour payer les professeurs.
Les sociétés populaires avaient poursuivi avecacharnement, sur le mot d'ordre des Jacobins, et fait brûler tous les livres qui parlaient de religion ou de monarchie. Dans les rares écoles qui étaient tenues par des particuliers, il était sévèrement défendu d'enseigner l'histoire de France, et l'on faisait des perquisitions pour saisir et détruire les Bibles ^. Il ne restait donc plus ni alphabets, ni grammaires, ni dictionnaires, ni traités quelconques à mettre entre les mains des maîtres ou des élèves.
La Gonyention offrit des récompenses et ouvrit un concours pour la confection de pareils ouvrages, le 28 janvier 1794. Le rapport sur les livres envoyés à ce concours fut fait par Lakanal, le 26 octobre 1795.
Tout cela était déclamatoire, impraticable, insensé. C'étaient des copies plus ou moins ridicules et outrées
* Moniteur du 2 novembre 4795.
^ Corre$pùndanc3 de M'»* Campan, t; I, p. 306.
61 HISTOIIE 1>U DIRECTOIRE.
de VÉmile de Rousseau. Le meillear de ces «avrages donnait aux MisUlotearg intnaâres 4es « iiiitractiôtis sur la conservation des enfants, depuis la ^oasesse inclusivemefit, jusqu'à Tépoqi^delenr entrée darâs te écoles nationales. » Le rapporteur ne faisait qu'un reproche à l'auteur « de cette intéressante production, n c'était âe n'avoir point parlé « dessoms qu'on doit à la mère pendant l'allaiteffient^ ni des précautions propre à le faire rénssir quand il est difficile ^ » Ces diragatioas puériles et prétentieuses se tenninent par l'examen d'un traité sur l'art éà la nstotioo. Lakmal vent que i'aateor de ce traité soit puissamment encouragé, parce que a la fraicbeur d'une ea^ pore passe aisément de nos corps dans nos âmes; » et il fait des nxmn pour que les Français, « àsPemaM ansei habiles moeurs qu'ils sont intr^ndes Mldati^ m aitient prendre à la nage « les càtes ée la p^de Al* InoB^. Il
Tocftes ces extravagances étaient prises fort au sérieux par la Ck>!ïveHtion , qui voulait, selon l 'explosion de Chénier, que les écoles, les tb^tres, fes arts, les sciences fussent dirigés vers ira but unique, l'afermissement de la République ^ Il n'y avait dès lors rien d'étrange à ce que, dans le programme général de rînstroctïon donnée par TÉtat, entrât le moyen d'aller prendre FAngleterre à la nage.
^ Moniteur du 2G novembre ^'TOS.
2 Moniteur du 29 novembre iTtS.
3 Moniteur du Sxnai 179S, rapport d« Chénier,