LIVRE TROISIÈME
études, des élèves en état de sabir un examen difficile, tous ces obstacles empêchèrent l'école centrale de fonctionner sérieusement. Un an après sa création, au mois de septembre 1 795, on en était encore à faire an appel aux jeunes gens ^ ; en ce moment même, et sur le rapport de Fourcroy, elle était complètement réorganisée*. Au mois de janvier 1798, elle était réorganisée de nouveau ' ; et enfin TÉcole Polytechnique s'ouvrait et fonctionnait réellement, la dernière année du gouvernement du Directoire, le 28 jan-
vier 1799*.
Tel était doncl'é^t dans lequel la Convention laissait la France.
Les populations, décimées par Texil, par la guerre, parTéchafaud; l'agriculture, sans revenus; l'industrie, sans produits; le commerce, sans capitaux; l'Etat, sans trésor et sans crédit; les familles, sans sécurité eOsans pain ; les lois, sans autorité ; la reli* gion , sans temples et sans prêtres ; le foyer domestique, sans pudeur; les lettres, les arts et les sciences, sans culte et sans asile; mille monuments abattus, pas un élevé.
Tous les supports de la société étaient brisés à la fois, et les générations nouvelles naissaient et gran-
* Moniteur du 49 septembre 4795.
2 Moniteur du 4 5 novembre 4 795.
' Moniteur du 48 janvier 4798.
* Moniteur du 29 janvier 4799.
6a HISTQIK9 PQ DIRECTOIRE.
dû^aiaat pQiir un 4^m>^ SUM limite Qt saos ternie.
Pas miUiqw d'm&nts gwodiiwaiit, n'ayant en ni prâtre ponr le^ bgpti^^r ^ ni m%ik^ ponr ]m instruire.
Il n'y nvgiil p\m d'avoçftM , \m 4ÇQ]m 4a droit ayant été détruitee; 0 des oiiUiers de ^oi-dîwnt légistes épuisaient les familles , au m\\m de la plus ^oyable masçe de procès que l#s bpmmos eussent jamais vue '*
Il n'y avait plus de médecins, les éocd^sde médecine et de cjiirurgie avaient été emportées; et des légions d'empiriques s'abattaient sur les eampagues et dépeuplaient les armées ^.
Il y avait à peine des notaires, car la plupart de ceux qui avaient été institués par les administrations départementales y en vertu de la loi du 29 septembre 1791, avaient été détruits par la loi du 14 frimaire an II — 4 décembre 1 793 ; — et ceux qui avaient été institués par les administrations des districts, en vertu de la loi du 7 pluviôse an III — 26 janvier 1795, — avaient été détruits par la loi du 28 germinal — 17 avril — suivant *.
Il n'y avait plus de canaux; la ruine du commerce,
^ Moniteur du 28 octobre 4797, discours de Riou au conseil des Cinq-Cents; — Moniteur du 29 juin 4798, discours de Génissieu au conseil des Cinq-Cents.
2 Moniteur du 23 avril \ 798 , discours de Vilet , où il dit que « des places de médecin et de chirurgien vacantes dans les armées, ont été remplies par des ex-moiaes et ù»fk barbiers qui , sous le nom d'officiers de santé , ont ti^é , à eux seuls , plus d'individus que la guerre et la famine, a
^ Voir, sur cette situation perplexe dos notaires, au comoienee-
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rabaBdoa des tnoisactioiis IcîntaiMBy proscrites ptr le moûûinmm et par la Terreor^ les avaîeiit rendus iDuliles, et la pénurie coostanle da trésor les avait laissé comblar ^
U n'y avait plus de routes et de chemins yéritablement viables; la suppression de la corvée en avait fait abandonner Tentretien depuis sept ans; les denrées ne pouvaient plus s'exploiter. U y avait mille endroits où les messageries et les courriers passaient avec de gramds retards et de plus grandes peines ' ; et Ton vit 9 le 16 mars 179S^ les bourgeois de Paris, rentiers, propriétaires, marchands, artistes, armés de pelles et de boyaux, aller travailler à la ro«ite d'Orléans, ayant à leur tête les douse municipalités et l'administration centrale du département de la Seine, qui poussaient aussi la brouette , 8(Nis leurs écharpes et sous leurs panaches ' : digne parodie des marquises, des journalistes et des capucins, qui allèrent lirouetter au Ghamp-de-Mars, au mois de juillet 1 789, pour éleva* l'autel de la patrie.
Enfin, tel3 étaient l'abandon et la barbarie, Tab-
ment du Directoire, une lettre de Merlin, ministre de la juslice, datée du S Bivéee an IV, adressée aux administrateuTS du département d'Indre-et-Loire; — le Rédacteur, n* 43.
* Moniteur du 7 janvier 1797, discours de Dupont (de Nemours) au conseil des Anciens.
2 Moniteur du 45 et du 46 décembre 4797, message du Directoire sur rétat des routes.
* « Aujourdliuî , les douze municipalités de Paris , ayant à leur tête Tadministration centrale du département de la Seine , se sont rendues sur la route d'Orléans pour travailler à la réparation des chemins. » — - Moniteur du 46 mars 4798.
sence de toat gonvernement et de toute administration, que les bétes faaves se multiplièrent à l'infini ^ envahirent les campagnes et les dévastèrent. Le corps législatif dut prendre des mesures énergique» pour arrêter ces ravages ; et le rapporteur d'Aubermesnil constata qu'en Tan YI, il avait été tué cinq mille trois cent cinquante et un loups '.
Mais, comme la France avait été réduite en cet état lamentable et hideux par des philosophes aveugles , par des réformateurs à systèmes , par des Jacobins féroces et avides ; comme c'était malgré elle, contre ses croyances , contre ses mœurs , contre ses goûts , contre ses qualités et ses défauts , qu'elle était devenue ce qu'on l'avait faite, sa nature énergique et son caractère impérissable devaient à la longue reprendre leur empire ; et nous verrons en effet cette noble nation , si longtemps dégradée, ensanglantée et abrutie par les traîneurs de carmagnole, revenir avec entraînement, avec passion, avec ferveur, à sa religion et à ses usages, aux lettres, aux arts et au monde, et renouer les traditions de cette vie élégante, spirituelle et raffinée, que le tranchant de la guillotine avait rompues.
< ail a été détruit pendant Tannée dernière (4797) cinq mille (rois cent cinquante et un loups. Malgré cette destruction, les ravag^^s se renouvellent, les accidents se succèdent, les plaintes se multiplient. »— if onifeur du 28 septembre 1798, rapport de d'Aubermcrnil.