‹ Histoire du directoireChapitre 27 sur 241 · ESPRIT NOUVEAU DE LA FRANGE · texte numérisé non relu

ESPRIT NOUVEAU DE LA FRANGE

La France tend à se dégager du gouvernement révolutionnaire. — EffSorts dea conventionnels pour se maintenir au pouvoir. — Réforme de la Constitution de 4793, et préparation de celle de Tan III.

Une nation si longuement et si craellement abusée échappait visiblement au pouvcnr des hommes révolutionnaires ; la Convention ne s'y trompait pas. Son ambition, son orgueil^ l'intérêt de ses idées, et, par-dessus tout, l'intérêt de sa propre sàreté, lui faisaient une loi d'enchatner cet avenir si menaçant pour elle; et elle crut conjurer ce péril, en préparant la constitution proposée le 21 juin 1795, et connue sous le nom de Constitution de Tan III.

Cette malheureuse France, qu^on avait bouleversée en 1789, sous prétexte de lui donner une ôonstitution , n'en avait plus depuis le 1 0 août 1 792. Elle était le jouet d'assemblées tumultueuses, qui avaient usurpé tous les pouvoirs , et qui étaient elles-mêmes sons la domination des clubs et des faubourgs de

Le 15 février 1103 , Uiv comité de constitution , formé par les Girondins, faisait proposer à la Convention, par Torgane de Condorcet, son rapporteur, un long et vain projet rempli de chimères , que Saint- Just et Robespierre criblèrent de critiques amères pendant la discussion. La chute des Girondins et le conp de main du 31 mai emportèrent cette métaphysique révolutionnaire; et un comité nouveau, pris dans la Montagne, et dont Saint-Just, Hérault de Séchelles et Barrère furent les membres les plus actifs , présenta, le 1 1 juin, le plan de la cél^e Constitution de 1793, qui fut décrétée le 24 du même mois.

Qcioique discutée ^squ'au bout, votée, et même sanctionnée solennellement, le 3 ao4t, par ^délégués des assemblées primaires , la Constitirtiofi de 9^ eut à peu près le sort de celle des Gifoiidîns. Avant (pi'dle eAt pa être mise à exécution y un décret du 10 octobre la suspendit, et lui substitua le ^«verBemait révolutionnaire, c'estrà-dke le régmt de caprice, dVbitraire et de sang qui durait àefmê ki chnterde LowsXVL

La mort de Robespierre et de Saint-Ivst, au 9 thst-^ midoran II — 27 juillet 1 794, ^ porta le denûer OMp à laConstitutioa de 93 . Dès lors, étim ne fat plss ajo«^ née} elle fat impossible. Les Jacolmis et les terroriatea en demandèrent longtemps et souvent Tapplicatioa ,

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même avant que les faubourgs vinssent la réclamer à main armée , pendant les deux mémorables journées du 1 '' et du % pridrial an III -- 20 et 31 mai 4 795 ; — mais la Ck)nvention, dominée et eûtrainée par Tesprit général de la France i n'aurait ni voulu^ ni pu consacfrdr un tel outrage à Tordre , au bon sens et à la justicei Cependant, comoie il n'était pas possible que la France rei^t imléfinim^it sans gouvernement régulier^ la Convention nomma ^ le 24 mars 4795, une commission de onîse membres, chargée, disait le décret, de proposer les lois organiques de la Constituti(Hi de 93 ^ ; mais ayant la mission réelle d'y apporter toutes les modifications que l'opinion générale rendait iràeestiairea.

Cette commission comprenait : Lesage f Daunou , Boissy-d'Anglas, Creuzé-Latouche, Berlier, Louve* , La fiéveillère-Lépeaux, Lanjiiinais, Durand de Maillane, Baudin des Ardennes et Tbibaudeau. Elle s'installa et commença ses U'avaux \^ 6 mai ^.

Le lecteur ne comprendf ait pas, sans tin retour de quelques instants en arrière, le caractère des travaux de cette commission , et la Nature des idé6s qui la préoccupaient en préparant la nouvelle constitution, qui porta, comme nous avons dit, le nom de ConstitUr lion de Fan III.

« Moniteur du 24 mars I'tô5.

^ Mémoires de Thibaudeau, t. ï, p. <77.

7i HISTOIRE DU DIRECTOIRE.

' En disant que le fanatisme philosophique avait été la maladie du dix-huitième siècle, madame de Staël ^ avait très-exactement caractérisé une époque vaguemont savante, prétentieuse et déclamatoire, follement éprise de la raison humaine, et généralement persuadée que la philosophie contenait toutes les sciences, même celle du gouvernement. A Timitation de ces gentilshommes des comédies de Molière, qui savaient tout sans rien apprendre, les philosophes du dix-huitième siècle croyaient n'avoir besoin d*étudier ni les lois, ni Tadministration , pour être de grands politiques; et ils bâtissaient, sur commande, des sociétés dans le vide, comme Thomas Morus avait bâti la sienne dans Tlle d'Utopie.

C'est ainsi que Mably avait été invité à faire une constitution pour les États-Unis, et que Rousseau donna ses idées pour constituer ^a Corse et la Pologne. Par suite de cette maladie philosophique, dont ils étaient atteints plus que personne', les Girondins avaient demandé à Condorcet la première Constitution

* M!^^ de Staël , Considérations sur la révolution française , 1. 1, p. 57.

2 Les Girondins se considéraient comme les représentants de la philosophie du dix-huitième siècle , et c*est à ce titre que Riouffe déplorait ainsi leur mort : a Une génération entière, cette génération véritablement disciple de Jean-Jacques, de Voltaire , de Diderot , a pu être anéantie , et Ta été en grande partie, sous Thorrible prétexte de fédéralisme. » — Mémoires'd'un détenu j pour servir à rhistoire de la tyrannie de Robespierre, p, I.

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