LIVRE PREMIER
voir exécutif empruntait mille louis du général Hoche, pour faire face aux nécessités du moment ^
Voilà quels effets avait produits la science politique et financière renouvelée des hommes d'État de Plutarque, et pour quels résultats on avait foulé aux pieds toutes les lois du bon sens, de la famille et de la probité.
On voudra savoir sans doute comment de si immenses richesses, mises en si peu de temps dans les mains de TÉtat, ou distribuées aux citoyens pauvres^ au lieu d'amener l'aisance générale qu'on s'en était promise , furent suivies d'un si universel dénûment. Ces causes sont bien simples; et il fallait l'inexpérience politique et le génie déclamatoire des révolutionnaires, pour avoir besoin que l'expérience les leur révélât.
La spoliation de ceux qu'on appelait les riches avait eu ce double résultat, d'un côté, de supprimer les capitaux qui produisent, de l'autre, de détruire l'aisance qui consomme. Le travail s'était donc partout arrêté, frappé à la fois dans sa -source et dans ses débouchés.
Une partie de la population ouvrière, séduite par les démagogues, éblouie et corrompue par la distribution des dépouilles des riches, quitta les champs et les ateliers, perdit le goût de l'occupation, et prit le goût du club. Peu à peu les manufactures se fermèrent, le commerce cessa, l'argent disparut, la con-
> Berlin d'Antilly, Le Thé, n. 107.
f HISTOIRE DU WRECTOIRE.
gomma tiot se réduisit au strict nécessuire ; Touvrier n'eut plus de jouraées, la propriétaire n'eut plus de reataSy le$ vilLae n'eurent plus de revenus^ TÉtat n'eut plus d'impôts. La destruction et le gaspillage des capitaux créés par le traTail antérieur, amassés par l'économie, Secondes pw ra^ricullure, par le commerce et par l'industrie, eurent ainsi les mêmes effets qae Ja »wt de la poule aux œufs d'or ; et Ton se trouva, en fin de compte , avoir appauvri les riches sans avoir enrichi las pauvres.
Le premier coup porté à l'agriculture partit de la main de ces commissaires sans nombre qui imposaient, sous peine de la prison et de la vie, des taxes révolutionnaires sur les aristocrates des campagnes. « Ces aristocrates, dit Harmand de la Meuse, c'étaient les cultivateurs aisés et jpaisibles , ceux que les lois protègent spécialement dans tous les gouvernements où la justice et la liberté sont connues ^ » Trois cent quarante-huit districts, plus des trois cinquièmes de la France, furent soumis à ce régime j et les cultivateurs qui n'avaient pas de fonds pour acquitter, sur rheure> les taxes qui leur étaient arbitrairement imposées, se voyaient enlever leurs bestiaux, leurs attelages et leurs grains *.
* Raj^ort d' Harmand de la Meuse au conseil des Cinq-Cents ^^ Moniteur du 29 aoûl 1797.
2 Ibid,