LIVRE PREMIER
La Yefidée, cette douloureuse exception à tous les malheurs, ne fut pas taxée; elte fut littéralement saccagée« Ainsi qoe rétablit le représentant Luminais, le 26 janvier 1797^ les maisons, les fermes, les granges, les outils aratoires , tout fut détruit et incendié, sur une étendue de quatre à cinq cents lieues carrées; et ce dégât de sauvages, en y ajoutant le mobilier volé et les troupeaux enlevés, ne représentait pas moins d'un milliard'.
Par suite de la violation de la propriété et de la li^ berté dans les campagnes, la production des fruits de la terre subit donc une diminution considérable; et le repr^entant Duprat n'estimait pas cette diminution à moins d'un tiers , par rapport aux produits de 17&1\
Cette diminution des produits agricoles, les réquisitions qui envoyèrent aux armées les populations lid)OTieuses , l'abandon dans lequel le séquestre des biens des émigrés jeta une immense quantité de terres, l'empressement des petits capitaux à se porter sur les propriétés vendues à vil prix, et servant ainsi à acquérir *, non à améliorer ; toutes ces causes réô-
* Moniteur du 29 janvier 4797. — Voir aussi le Tableau des pertes causées par la révolution, par sir Francis d'Ivernoy, 1. 1, p. 1 H-412.
2 Moniteur du 30 janvier 1797. — Sir Francis dlvernoy, Tableau des pertes causées par la révolution, t. 4, p. 414.
^ Les propriété nëiionaks se «vendaient cinq , trois, deux et même une année de revenu, et il y eut des cas où, pour une somme de 3E5 £r. une fois payés, on acquit une terre nationale, rapportant A,UO livres de rente. — Lally-Toliendai , Défense des émigrés, t. n, p. 32-33.
nies amenèrent la disette « on peat dire ]a famine de 1 79 4 et de 1 795 . Les populations rurales, eflfrayées pour l'avenir, firent un eflFort désespéré. Les prés, les bois, toutes les terres fécondes et reposées furent ensemencées à la fois; et Texcès de la production amena, en 1796, une baisse si considérable dans le prix des denrées, que cette abondance devint comme une seconde misère'.
Spectateur hébété de ces désastres des campagnes, le gouvernement célébrait avec un appareil théâtral et ridicule la fête de l'agriculture. Un temple de Cybèle s'élevait au milieu des Champs-Elysées, et tout ce que Paris avait de badauds classiques suivaient un char traîné par six bœufs, dont les sabots et les cornes étaient dorés. L'Opéra avait fourni les groupes de laboureurs et de guerriers qui formaient le cortège; et ce spectacle, s'écrie le narrateur officiel, « représentait à l'imagination ces anciennes fêtes que la fertile Phrygie célébrait en l'honneur de la déesse des moissons, au pied du mont Ida^. » Hélas! ces danseurs vêtus de soie pouvaient plus ou moins représenter la Phrygie; mais, à coup sûr, ils étaient loin de représenter la France.
* Sir Francis dlvernoy, Tableau des pertes causées à la France par la révolution^ 1. 1, p. 1 55.
^ La fête de Tagriculture fut insliluée par décret du 42 juin 4796. Le Moniteur du 23 juin contient l'arrêté, signé Camot, qu'on dirait rédigé par le marquis de Racan^ tant il est rempli d'exagérations pastorales. — Voir au Moniteur du 4 juillet 4798 les détails de la fête célébrée aux Champs-Elysées.