‹ Histoire du directoireChapitre 34 sur 241 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

neté de la volonté humaine, sans remarquer que ce principe est la négation la plus rigoureuse de tout gouvernement.

En effet, si la souveraineté réside dans la volonté, les assemblées représentatives sont impossibles, car la volonté, inaliénable de sa nature, ne saurait être déléguée. « La souveraineté, dit Rousseau, n'étant que l'exercice de la volonté générale, ne peut jamais s'aliéner ; et le souverain, qui n'est qu'un être collectif, ne peut être représenté que par lui-même. Le pouvoir peut bien se transmettre, mais non pas la volonté*. »

D'un autre côté , si la souveraineté réside dans la volonté, les minorités qui refusent leur assentiment à une constitution ou à une loi , c'est-à-dire qui refusent le concours de leur volonté, sont dispensées d'obéir. Sieyès , pris au piège de son propre sophisme, est bien obligé d'en convenir, a Une ou plusieurs parties intégrantes d'un corps moral , dit-il , ne sont rien séparément. Le pouvoir n'appartient qu'à Vensemble. Dès qu'une partie réclame, l'ensemble n'est plus *. »

Enfin, si la souveraineté réside dans la volonté, la société peut être dissoute à tout moment , par un changement de volonté ; les constitutions ne sont jamais

* Rousseau, Contrat social^ liv. H, ch. i. 2 Sieyès, Qu'est-ce qw le Tiers-Etat? p. 86.

m HISTOIBE DU DIRECTOIRE.

oUig^ires, on plutôt elles sont impossibles. Rous- 9WQ ne le nie pas : « Il est al»«rde^ dit-îl^ que la volonté se donne des chaînes pour Tayenir.*. Si le peuple promet simplement d'obéir, il se dissout par cet acte, il perd sa qualité de peuple. A Tinstant qu'il y a un maître, il if y a jAns de soarerala , et dès lors le corps politique est détruite y> La doctrine de^eyès est exacteflaeiit la m^ue. « Il serait absurde, dit-il , àe supposer la nation liée à sa Ck)nstitution ^« »

Et cofluae si ce n'était pas assez, il ajoute : a Nonseul^neot la nation n'est pas soumise à une Constitution, mais dte ne peut pas l'être , mais elle ne doit pas l'être... Dira4-on qu'une nation peut, par un presiier acte de sa volonté, s'engager à ne plus vouloir à l'avemr que d'tme manière déterminée? D'abord une nation ne peut ni aUé&er, ni sinterdire le droit de vouloir. En second Heu, qu'est-œ qu'on contrat avec soi- Biôme?. .. De quelque manière qu'une nation v^lle^ il suffit qu'elle veuille ' ?»

L'Assemblée constituante, engagée dans la voie de cette doctrine, à la suite de Rousseau, de Sieyès, de Volney et de tous les idéologues, n'hésita pas à écrire, dans le titre de la révision, ces paroles étranges, qui rendaient la Constitution inutile : « L'Assemblée na-

1 Rousseau, Contrat social, liv. II, ch. i. * Sieyès, Qu'est-ce qu$ h Tim-^tal? p. $♦. 3 Ibid.j p. 82, 83, S*.

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