‹ Histoire du directoireChapitre 38 sur 241 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

nitnde, pour être lui enfin, le pouvoir législatif devait seuî faire la loi , c^eslrà-dire au fond faire tout. Le prét^du potiToir exécutif, obligé de faire obçer- Ter aveuglément, docilement cette loi , cessait réellement d'être un pouvoir, pour devenir une fonction. Comme c'étaient les assemblées qui rédigeaient les constitutions, elles ne manquaient jamais d'y faire la part du pouvoir législatif la plus belle ; ce qui forçait le pouvoir exécutif à succomber, comme le fit Louis XVI le 1 0 août 1 792 , ou ce qui obligeait le pouvoir exécutif à briser le pouvoir législatif par la force , comme le Directoire le fit le 1 8 fructidor an V— 4 septembre 1797.—

C'était donc la lutte, l'insurrection et Tanarchie que les philosophes avaient mises dans la société par la définition du pouvoir, comme ils les y avaient mises par la définition de la souveraineté.

Dans le bon sens et dans la pratique des choses, la loi doit être l'œuvre commune de la puissance qui délibère et de la puissance qui exécute.

Il le faut dans l'intérêt de Téquibre des pouvoirs, afin que l'un ne domine pas, ne subjugue pas et n'absorbe pas l'autre.

Il le faut dans l'intérêt de la loi , afin que le pouvoir qui l'applique , ayant pris une part essentielle à sa formation , ajoute à son autorité et à sa force par un concours spontané et convaincu.

Il le faut enfin dans Tintérét de Tordre et de la seciété, afin que, si la loi est populaire ou impopulaire, le pouvoir qui Ta faite n'en ait pas toute la gloire ou toute la honte ; et qu'il ne s'établisse pas entre les deux pouvoirs, aux yeux du pays, une rivalité qui amène toujours la chute du gouvernement, par la ruine de l'un ou de l'autre.

Deux questions étaient à résoudre en constituant le pouvoir exécutif : serait-il élu par le peuple, ou par les deux conseils? Serait-il représenté par une seule personne, ou par plusieurs?

Sur la première question, le préjugé et la métaphysique révolutionnaires l'emportèrent, et la commission n'institua qu'un pouvoir exécutif subalterne, «Nous avons craint, dit le rapporteur, qu'étant nommé par tous, il n'acquît une trop grande puissance par rapport au pouvoir législatif, dont chacun n'est nommé que par une portion de citoyens*. »

Toutefois, Boissy-d'Anglas ne dit à la Convention qu'une partie de la vérité; un autre motif encore détermina la commission des Onze à ne pas déférer au peuple la nomination directe du pouvoir exécutif. Louvet fit observer qu'il n'y avait guère que les noms des princes dont les familles avaient gouverné le pays qui eussent pénétré jusqu'au fond des masses populaires; et il craignit que le peuple, s'il était ap-

* Mémoires de Thibaudeau^ 1. 1, p. 483.

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