LIVRE PREMIER
L'agriculture, qui est de sa nature forte et vivace, et qui y habituée à lutter contre les orages du ciel, apprend dans cette lutte à résister aux désordres suscités par les passions politiques, se maintenait péniblement dans les désastreuses conditions qu'on lui avait faites : elle vivait misérablement, mais elle vivait. L'industrie , d'une essence beaucoup plus délicate, avait géoéralement succombé; surtout celle qui, ayant la paix, Tabondance et le luxe pour objet, avait dû suivre la bonne et la mauvaise fortune des riches.
L'industrie des soies , si bien appropriée au goût fin et pur de l'ouvrier français, exportait, en 1789, pour cinquante millions de produits. Le jacobinisme avait stupidement tari cette source de travail et de salaires. Les fabriques de Nantes, de Tours et d'Orléans s'étaient fermées devant les commissaires de la G)nvention et sous le poids des taxes révolutionnaires. Les fabriques de Bédouin avaient été incendiées; celles d'Avignon avaient disparu dans les diverses tourmentes qui avaient bouleversé cette malheureuse ville. A Lyon , sur dix-huit mille métiers qui travaillaient en 1 788, il ne s'en était relevé qu'environ trois mille en 1798 \ Les producteurs de soie, ne pouvant la faire travailler en France, la vendaient aux fabricants de Berlin *. Cétait donc là véritable-
* Sir Francis dlvernoy, Tableau des pertes, etc., 1. 1, p. 304. ^ Moniteur du 42 septembre 4798.
ment une industrie morte ^ malgré les semblants de vie q«e les travaux de luxe paraissaient avoir con- SOTvés dans tons les actes du gouvernement. Ainsi , on trouverait msément dans les travaux de la Convention et du Directoire des votes de fonds accordés aux anciennes et rovales manufactures des Gobelins • de la Savonnerie et de Sèvres ; mais on y trouverait égalementy et avec la même ca-titude, la preuve que ces dépenses votées n'avaient jamais été faites \
Quant au commerce, il était réellement devenu impossible, avec les nouvelles conditions de crédit qui étaient la suite naturelle des violences et des spoliations. Les Petites-affiches de 1795 et de 1796 sont pleines d^avis indiquant les maisons de Paris qui prêtaient à quatre pour cent par mois^ sur gages. Certaines maisons prêtaient à trois pour cent par mois quand le gage était promptement réalisable, comme le sucre ou le café*. Le bon papier des négociants de Paris, à très-courte échéance, s'escomptait à un et demi, deux et même trois pour cent par mois '. Le commerce des marchands en gros avec les détaillants se faisant au comptant, la remise que ces derniers obtenaient était, par mois, de deux et un quart pour cent *. Le taux
1 MotUieur du 12 février ♦798.
2 Sir Francis d'Ivernoy, Tableau des pertes, etc., l. I, p. 251.
3 Jbid., p. 252.
* Ibid.