LIVRE SIXIÈMB
pas y porter la main. La commission laissa les administrations et les tribunaux à la nomination des assemblées primaires ou électorales. « Le peuple avait joui de ce droit, dit Thibaudeau; on n'osa pasFen priver \ »
Hélas! ce honteux motif de la crainte n'était pas même fondé. Ce n'est pas le peuple qui avait joui du droit de distribuer les emplois de l'administration et delà judicature, c'étaient les clubs; le peuple ne jouissait que de la tyrannie et de la misère; et l'on verra quelques pages plus loin à quel point il était réellement étranger aux choses , même les plus solennelles, qui se faisaient en son nom.
Vin.
Voilà donc, à grands traits, quelle était cette Constitution de l'an TU, que la Convention laissait après elle pour guérir les maux de la France.
Proposée à la Convention le 21 juin 1795, elle fut votée le 47 août *, envoyée le 27 à l'acceptation des assemblées primaires, et promulguée, le 23 septembre , comme loi de l'État.
Mais avoir fait la Constitution, c'était, pour la Convention, n'avoir accompli que la moitié de ses desseins.
^ Mémoires de Thibaudeau, 1. 1, p. 184. * Son texte ofiBciel fut publié dans un supplément au Moniteur du 27 août 4795.
Il s'agissait donc, pour la Convention, de se maintenir, sous la constitution nouvelle, malgré cette éternelle souveraineté du peuple, toujours affit^bée avec éclat, et toujours foulée aux pieds avec cynisme. La mesure était fort difficile, en ce» que la Convention était justement méprisée et haïe. Elle était pourtant nécessaire pour la Convention, parce que Topinion publique exaspérée aurait emporté son œuvre; et Dieu seul peut savoir ce qu'une bonne partie de ses membres, salis de vols et de meurtres, seraient devenus, au milieu du ressentiment naturel de tant de familles ruinées et décimées.
Un membre de la commission des Onze, Baudin des Ardennes, fut chargé de faire, le 48 août, un rapport sur les moyens de terminer la révolution j litre insinua tif, destiné à appeler T indulgence sur les moyens, en faveur du but \ Cette longue et verbeuse pièce arrivait tout doucement à un projet de décret général sur la mise en activité de la nouvelle constitution, décret dont la partie importante décidait que les deux tiers au moins de la Convention, c'est-à-dire cinq cents membres, resteraient dans le corps législatif. Ces dispositions, adoptées après une discussion assez vive, devinrent le décret du 5 fructidor — 22 août 1795.—
Restait la mise en œuvre de ce principe. Elle fut
* Voir le Moniteur du 23 août 1795.