LIVRE HUITIÈMB
Si Ton écoutait, sans le contrôler, le témoignage des conventionnels, le mouvement du 1 3 vendémiaire aurait été factice, et tout entier le résultat des intrigues royalistes. On reste confondu quand on voit la sérénité avec laquelle s'abusaient, dans leurs écrits, des hommes de ce temps, auxquels il serait pourtant difficile de refuser une certaine mesure de loyauté. De ce nombre sont Real et Thibaudeau, fort exaspérés contre la résistance des sections. <r Malgré les menées des agitateurs et les dépenses des riches souverains de la section Lepelletier, dit Real avec amertume, une imposante majorité se prononçait en faveur des décrets des 5 et 1 3 fructidor. La Convention se hâte de publier le résultat des votes. DHmpudents journallistes opposent insolemment à la correspondance officielle des Comités leurs correspondances privées, et donnent un démenti à la Convention ^ » Thibaudeau ajoute de son côté : « Le résultat des votes donna une immense majorité pour Facceptation de la Constitution et des décrets*. »
Qui ne croirait, sur de telles affirmations, que les sections de Paris étaient bien criminelles, en osant résister à l'expression manifeste de la volonté nationale? Et cependant, on l'a déjà vue., cette majorité imposante qui s'était déclarée en faveur des décrets ;
^ Real, Essai sur les Journées des Î3 et M vendémiairej p. 16. > Thibaudeau, Mémoires, 1. 1, p. 202.
«40 HISTDllE DU DIEECTOIRE.
elle est chiffrée dans le Moniteur du 26 septembre 1795, où Ton trouve que, sur une masse de cinq à six millioûs d'électeora, ceta soiaxuUesepi mille ont TOté ponr la Coaventîcm. U est vrai que le Ccoàté de saint paUic s'attribuait naïvement las suffrages de dmœ mille assemUées primaires qui n^avaient pas voté y sous le prétexte singulM* que « leur stlmce pouvait être interprété en faveur de Tacceptation ^ «
Assurénenl, il serait inexact de dire que la cM^kiite des sections de Paris n'était ^s irrégulière , et que l'esprit monarchique était absolument étranger à leur agitation* Tout était irrégulier en France deptus six années; et si la Convention avait pu se vanter de n'avoir été qu'irrégulière, elle aurait légué (tes souvenirs moins odieux à l'histoire. Beaucoup de citoyens, depuis que le régime de la Terreur ne leur fermait plus la bouche, osaient comparer, en soupirant, la poUtique de Louis XVI à celle du Comité de salut public; mais la haine profonde et universelle que la Convention d'^it inspirée suffisait toute seule pour expliquer l'agitation des esprits.
D'ailleurs, les chefs les plus déterminés du mouvement insurrectionnel n'étaient rien moins que des royalistes. Marchena était un girondin ; Langlois, et Real en convient lui-même*, était un pur et ardent républicain, qui avait vigoureusement contribué, le 10 août, à la prise des Tuileries ; Richer de Sérizy était un ami,
' J/omtfurda ^9 septembre 4795, séancede laConTentmdu 25. * Real 7 Essai sur les Jovsmies <2«s 4 3 ft 44 vmdémkdre^ p« 27.