LIVRE NEUVIÈME
ceux d'entre eux qui, étant fonctionnaires (et quel bandit ne Tétait pas sousRobespierre?), avaient été destitués depuis le 9 thermidor, pour cause de prétendu terrorisme y fussent intégralement payés jusqu'à ce jour ^
C'est principalement à l'aide du Bataillon sacré , dont Teffeclif s'élevait à quinze cents hommes, conduits par Barras, que l'enlèvement des électeurs réunis au Théâtre-Français fut entrepris; mais l'armement de ces hommes avait pris du temps; la colonne n'arriva sur les lieux que vers minuit; et la réunion s'était séparée à onze heures, en s' ajournant au lendemain.
La journée du dimanche 4 octobre — 12 vendémiaire— s'ouvrit grosse de tempêtes. L'armement du Bataillon sacré avait rempli la ville d'épouvante; et une nouvelle proclamation de la section Le Pelletier annonçait aux habitants de Paris le règne de la terreur, du pillage et de la mort, comme une conséquence de leur défaite *. Cette pensée réveilla l'énergie des sections; leurs tambours battaient dans toutes les rues, appelant les citoyens aux armes; leurs pa* trouilles poussaient de toutes parts de fortes reconnais-' sauces; les boutiques se fermaient, la pluie tombait à torrents; et les familles attendaient dans la consternation rissue de cette nouvelle et redoutable crise.
' Moniteur du 3 novembre 4*795.
2 Réal, Essai sur les Journées des \S et H vendémiaire^ p. 35.
D'an autre c6(é, tes abords de la Convention étaient gardés^par des liions de terroristes, ivres de foreur et d'eta-de^vie, excités et commandés par une nuée de oes généraux sans-culottes, parvenus avec la faveur des clubs \ Le comité de Salut Public, qui les avait destitués après la révolution de thermidor, venait d'accepter avec empressement leurs services. Ils criaient bien haut qu'ils allaient faire damer les sec^ lions; et leurs soldats, pour se faire la main, coupaient les cheveux des jeunes gens portant des cadenettesy ou arrachaient les collets verts des muscadins.
Le désarmement de la section Le Pelletier et la fermeture du lieu de ses séances devenaient, pour la Convention, une mesure capitale. Les comités de Salut Public et de Sûreté Générale la décrétèrent dans la journée du 4 ; et le général Menou fut chargé de l'exécuter, sous la haute direction des représentants Laporte, Delmas et Goupillau , suivant l'usage de ce temps de mettre Tautorité militaire en tutelle.
Le couvent des Filles-Saint-Thomas était le lieu de réunion de la section Le Pelletier. Il était situé sur l'emplacement actuel de la Bourse, et Ton y arrivait par trois rues, la rue Vivienne en face, la rue des Filles-Saint-Thomas à gauche , et la rue Notre-Damedes-Victoires à droite. Trois colonnes se dirigèrent
1 Général Danican, les Brigamds dénuuquéSy p. 33. Voyez encore MontholoD, Mémoms écrits à Samte^Bélme, t. m, p. 89.