LIVRE NEUVIÈME. \U
en chef, sous la surveillance des trois commissaires Delmasy Laporte et Goupilleau ; et de donner, avec tous les pouvoirs effectifs, le commandement en second à Bonaparte.
Le projet de décret qui formulait ces mesures fut apporté par Ma*lin à la Convention, et voté sans débat vers quatre heures du matin ' ; mais BcMiaparte, en possession de son commandement depuis onze heures, avait déjà pris des dispositions qui changeaient complètement la face des choses.
Les forces dont Bonaparte pouvait disposer pour défendre la Convention consistaient en cinq mille hommes de troupes , quinze cents patriotes armés et quarante pièces de canon. Les troupes, qu'aucun élan de Topinion publique ne soutenait, pouvaient être à tout moment entraînées par les sectionnaires ; rartilierie était au camp des Sablons, sous la garde de vingt-cinq hommes. La siluaticm était donc telle, que, sans une promptitude et une décision extrêmes, tout pouvait être perdu.
Un chef d'escadron du 21® de chasseurs, alors in-
^ Bonaparte était encore si nouveau dans le monde politique , que son nom ne se trouve pas au Moniteur, dans le texte du décret (Moniteur du 7 octobre 1795). Le nom de Bonaparte, écrit Buona- Parte, n'intervient, dans le débat relatif à cette grave crise, que le 48 vendémiaire (40 octobre), dans une motion de Fréron (ifontteur du 4 4 octobre 4795). — L'Almanach national de 4794, à la page 483, porte le citoyen Buonaparté comme chef de bataillon du deuxième régiment d'artillerie.
m HISTOIRE DU DIRECTOIRE.
connu, Joachim Murât, reçut, à une heure du matin, l'ordre de se porter aux Sablons, avec trois cents chevaux, et d'en ramener l'artillerie. Il s'y rencontra avec un détachement de la section Le Pelletier, qui venait aussi pour enlever les pièces. Murât, par sa contenance, sut imposer aux sectionnaires ; et, à cinq heures du matin , les quarante pièces de canon entraient dans le jardin des Tuileries. Parmi ces canons se trouvaient ceux des sections, qu'elles avaient remis à la Convention, après l'insurrection de prairial, comme une dépouille des terroristes vaincus et désarmés \ ne soupçonnant pas que la Convention les tournerait bientôt contre elles-mêmes.
A neuf heures du matin, toutes les dispositions de Bonaparte étaient prises. Le Pont-Neuf, le pont Royal, le pont Louis XVI avaient leurs tôles de la rive droite garnies d'artillerie. En outre, une batterie, placée au guichet du Louvre, commandait le quai Voltaire. La Convention se trouvait abritée ainsi contre les attaques du faubourg Saint-Germain. Une ceinture de canons placés au pont Tournant des Tuileries, à la rue Saint-Florentin, à la tête de la rue Saint-Honoré vers le faubourg, au cul-de-sac Dauphin et à la rue de Rohan, l'abritait contre les attaques venant du côté du nord. Les pièces étaient partout chargées à mitraille et prêtes à faire feu. La petite armée était distribuée aux divers postes, ou en réserve dans le jardin des Tuileries et à la place du Carrousel ; et il ne
^ Thibaudeau. Mémoires^ 1. 1, p. 210.