LIVRE NEUVIÈME
systèmes à suivre contre lui, le plus mauvais et le plus impraticable, c'était l'offensive. Malheureusement pour la garde nationale , ses meneurs n'avaient pas été frappés, comme Danican, par des dispositions annonçant évidemment un autre officier que ceux de la veille; et ils persistaient à vouloir enlever d'assaut la Ck)nvention , comme si elle avait toujours été défendue par le général Menou.
Danican, à l'aspect de ces troupes habilement concentrées, et de cette artillerie qui faisait du palais et du jardin des Tuileries une formidable citadelle, avait proposé et tâché de faire adopter un système de temporisation. Il afifectait de montrer une grande confiance; ses tambours allaient battre la générale jusque sur la place Louis XV et sur le Carrousel ; ses bataillons occupaient tous les débouchés des rues qui conduisaient aux Tuileries; de forts détachements s'étaient emparés du théâtre de la République (le Théâtre-Français d'aujourd'hui), ainsi que des maisons qui bordaient les Tuileries; et, presque partout, les postes des sectionnaires étaient à peine séparés des postes de la Convention par un intervalle de dix à douze pas \
La journée se passa ainsi jusqu'à trois heures; Danican, s'approchant toujours des Tuileries avec des paroles de paix, conjurait les généraux de la Convention de ne pas livrer Paris à la guerre civile. Cétait là justement ce que redoutait Bonaparte. « Les sec-
* Montholon, Mémoires écrits à Sainte-Hélèr^f t III, p. 444, 443.
tionnairesy dit-il, envoyaient des femmes pour corrompre les soldats ; les chefs mêmes se présentèrent plusieurs fois sans armes, et les chapeaux en Tair, pour fraterniser^ disaient-ils. Les affaires empiraient d'une manière étrange *. » Ainsi, il suffisait d'un officier, peut-être d'un soldat proposant un embrassement général, pour tout perdre; et ce n'est pas la Convention qui eût rien sauvé.
La consternation y était générale et profonde. Les deux comités de Salut Public et de Sûreté Générale réunis délibéraient et ne savaient que résoudre : les uns voulaient « qu'on posât les armes, et qu'on reçût lessectionnaires comme les sénateurs romains avaient reçu les Gaulois*;» les autres voulaient que l'Assemblée se retirât sur les hauteurs de Saint-Cloud, et qu'elle y appelât l'armée des côtes de l'Océan. Au milieu de ces délibérations ridicules, et vers trois heures, Danican envoya un officier au comité de Salut Public, avec une lettre qui contenait les sentiments et les propositions des Parisiens.
« Les Parisiens, disait Danican, n'avaient pris les armes que dans la crainte d'être égorgés par les terroristes, dont la Convention venait de s'entourer. Il proposait de tout faire rentrer dans l'ordre, et demandait une réponse qui pût rassurer les habitants
1 Montholon, Mémoires écrits à Sainte-Hélène, t. III, p. 4 4 3.
2 Ibid,, p. 412.