LIVRE NEUVIÈME
ieuse; si bien qu'après V effet des premiers coups de canon, Bonaparte ne fit plus tirer qu'à poudre. II suffira, pour peindre cet aCEsûssement de l'Assemblée, de reproduire ces lignes du Moniteur y qui en disent plus que ne le feraient les plus longues descriptions :
« A quMre heures et demie, on ^atend crier auiL armes. Tous les représentants du peujple présents prennent leur place , et gardent le (4u$ piX)fond silence. Quelques nûnutes se passent, des décharges de mousqueterie et d'artillerie se font entendre aux environs de la cour du Manège.
» La Conventioin frémit d'horreur; ces marques de douleur et d'inquiétude, quoique étouffées, agitent l'Assemblée et forment un bruit confus.
» Legendre s'écrie : Que tous les représentants du peuple se mettent ep place. Recevons la mort avec Taudace qui appartient aux amis de la liberté , aux fondateurs de la République*
» Tous les députés se mettent en place; ils observent le silence. Il est iaterrompu par de nouvelles décharges.
» Legendre. — Ayons cette attitude qui convient à des législateurs, cette attitude qui défie la mort \ »
On voit bien par ces lignes , empreintes du plus sombre désespoir, que la Convention se battait mieux avec la guillotine qu'avec Tépée, et que son règne aurait fini le 13 vendémiaire , si une étrange bonne fortune ne lui avait donné, au moment suprême, le
* Moniieuf à\x 7 octobre 4795.
aï HISTOIRE DU DIRECTOIRE.
génie militaire de Bonaparte pour la défendre contre
les Parisiens.
C'est bien ce qu'avait compris Sieyès , le seal qui eût conservé sa tête dans cette journée décisive. Pendant que les comités réunis, effrayés du message de Danican , raisonnaient avec confusion sur la réponse à donner au parlementaire, Sieyès emmena Bonaparte dans Tembrasure d'une croisée , et lui dit : « Vous les entendez, général; ils parlent quand il faudrait agir. Les corps ne valent rien pour diriger les armées, car ils ne connaissent pas le prix du temps et de l'occasion. Vous n'avez rien à faire ici. Allez, général ; prenez conseil de votre génie et de la position de la patrie. L'espérance de la République n'est qu'en vous *. »
Cette facile et prompte victoire coûta environ deux cents hommes, tués ou bless^, à la Convention; et la perte des sectionnaires fut à peu près égale.
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Cette justice est due à la Convention , qu'elle usa avec modération de son triomphe. Des commissions militaires, nommées dans l'enivrement du succès, prononcèrent plusieurs condamnations capitales. Deux personnes seulement montèrent sur Féchafaud, Lebois, président du tribunal criminel du département de Paris, qui avait présidé la section du Théâtre- Français, et Lafond-Soulé , qui avait si bravement commandé l'attaque des ponts par les quais de la rive
< Gourgaud, Mémoires écrits à Sainte-Hélène, 1. 1, p. 59.