LIVRE NEUVIÈME. 43a
gauche. Bonaparte et les officiers de l'armée de Pms essayèrent de le sauver; mais la noble et inutile énergie avec laquelle il brava ses juges rendit cette tentative impuissante. Danican sortit de Paris le lendemain, et fut assez heureux pour échapper ainsi à une condamnation certaine.
Il est nécessaire de le dire : Topinion publique, qui avait quelque peine à pardonner à la Convention sa victoire, ne lui aurait point pardonné d'inutiles vengeances. Protégés par la force de ce sentiment général, la plupart des sectionnaires compromis dans rinsurrection , et condamnés par contumace, restèrent à Paris, et mirent une sorte de vanité maligne à défier la Convention. L'ouvrier le plus actif et le plus osé de V insurrection, celui qui, de sa présidence de la section Le Pelletier, avait soufflé avec tant de succès Tesprit de résistance à la capitale tout entière, le comte de Castellane, marchant, le soir, à la mode d'alors , une lanterne à la main , et interpellé par le qui'vive d'une patrouille, répondit plaisamment : a Eh ! parbleu, c'est moi, Castellane, contumace ^ ! »
Le tribunal criminel de Paris alla même plus loin que l'opinion publique. Saisi du pourvoi de quelques-uns de ces contumaces, comme le comte de Castellane, Cadet-Gassicourt, Richer de Sérizy et Quatremère de Qaincy, non-seulement il les acquitta pleinement, mais il déclara, dans les considérants de son arrêt, qu'il n'avait pas existé de conspiration le 4 3 vendémiaire *.
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Il n'y avait qu'un seul acte de rigueur qui n'offrait aucun danger; le Comité de Salut Public le hasarda. Il força madame de Staël à sortir de France *.
Cinq jours après la victoire, Barras présenta à la Convention les officiers de cette armée de Paris, qui venaient de la sauver, et fit de Bonaparte un éloge dont les termes ont aujourd'hui quelque étràngeté.
« J'appelle, dit-il, l'attention de la Convention nationale sur le général Buona-Parté : c'est à lui, c'est à ses dispositions savantes et promptes qu'on doit la défense de cette enceinte, autour de laquelle il avait distribué des postes avec beaucoup d'habileté.
« Je demande que la Convention confirme la nomination de Buona-Parté à la place de général en second de Tarmée de l'intérieur ■. »
Barras donna sa démission de général en chef le 26 octobre; et c'est à la suite de cette démarche, dont la nouvelle Constitution faisait une obligation à Barras, que Bonaparte fut investi, par le Comité de Salut Public, du commandement supérieur de l'armée de Paris, poste qu'il ne quitta qu'au mois de mars 1 7%, pour aller se mettre à la tête de l'armée d'Italie * .
* Thibaudeau, Mémoires, t. I, p. 236.
■ Moniteur du 15 octobre 1795.
' C'est par une confusion des souvenirs de TEmpereur que M. de Monlholon affirme, dans les Mémoires écrits à Sainte-Hélène, t. III, p. 1 1 6, que Napoléon Bonaparte fut nommé général en chef des troopes de l'intérreiirf par la Convention, le 10 octobre. Barras ne donna sa démission d« cette ibnction que le 26 ; et par conséquent la nomination de Bonaparte fut postérieure à cette date.