LIVRE DIXIÈME
eût ajoarné la Gonstitation de Tan III, parce qae Tan^ nalatioD des votes de Paris remettait en question et les décrets de fructidor, et la Coustitution elle-même ; avec le troisième en6a , on eût ramené dans la Convention et autour d'elle les restes flétris et mutilés du personnel révolutionnaire, plus afiEamé et plus irrité que jamais, pour recommencer, avec son appui sanglant, le règne du Comité de Salut Public.
Tallien fut celui que toutes les nuances du parti des terroristes s'accordèrent à mettre à leur télé. Ce parti des terroristes était, disait-il lui-même, la faction des mâchoires ' ; et comme ce parti n'avait pas d'orateur, il accepta d'être le sien.
Par quel étrange revirement d'idées Tallien, cet ardent ennemi des démagogues, cet impitoyable réactionnaire qui, avec Fréron, Barras et Dussault, avait déchainé contre toutes les jacobinières les lazzis, les injures et les bâtons noueux de la jeunesse dorée, revenait-il s'asseoir tout à coup au sommet de la Montagne^, comme pour y continuer l'œuvre de ses victimes de thermidor? Par quel inconcevable mystère de la passion ou de la bassesse de parti la petite église de Robespierre, de Saint-Just et de Gouthon venait-elle se ranger autour du sanglant persécuteur
* Moniteur du 29 octobre 4795, séance de la Convention du 23 , dUcours de Thibaudeau.
^ Thibaudeau, Mémoires, t. I*', p. 223.
qai Tavait décapitée? Nul ne ponrrait le dire, à moins de prendre à la lettre ce mot de Barras : « Il y aurait cinq cents conjurations , qoe Taliien serait de toutes'.»
En efTet, Taliien était déjà de la conspiration royaliste : il travaillait, avec le duc d'Harcourt, le comte de Puisaye et le comte d'Entraigues, au rétablissement des Bourbons. Une lettre de d'Entraigues établissait assez clairement que Taliien et ses amis avaient trahi les émigrés à Quiberon * ; et une autre lettre du comte de Provence au duc d'Harcourt , ne permettait pas de douter qu'il n'eût pris des engagements formels pour une restauration monarchique *. Toutes ces pièces étaient déposées au Comité de Salut Public ^ ; et Sieyès n'en donna communication à Taliien, qui les garda *, que parce qu'il était son complice.
Barras seul osa soutenir ouvertement Taliien dans son entreprise d'ajourner la Constitution : mais Sieyès était du complot ® ; et il mérita cette fois encore, par
* Carnot , Réponse au Rapport de Bailîeul sur la conjuration du 18 ftuctidor, p. 494.
2 On lisait dans cette lettre : « D'après la conduite de Taliien à Quiberon , comment se 6er à leurs promesses? » — Thibaudeau, Mémoires, t. ^•'•, p. 232.
^ € Je ne puis pas douter, disait le eomte de Proreoce, que Taliien ne penche vers la royauté ; mais j'ai peine à croire que ce soit la royauté véritable. » — Thibaudeau, Mémoires, t. I«', p. 230.
^ Monitewr du 29 octobre 1795, séanee du 23, (IKscoars de Thibaudeau.
« Thibaucteen, Mémoires, t. V% p. 233.
® Barbé-Marbois, Journal d'un déporté nm jugé, Introduction, p. 44.