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LIVRE DIXIÈME

868 menées sonterraines, le surnom de taupe de la révolution^ que Robespierre lui avait donné \

Ce fut à la séance du 22 octobre, après un rapport de Barras, qui réclamait des mesures énergiques contre les royalistes, que Tallien dévoila hardiment les projets de son parti, en disant, au milieu des applaudissements des tribunes : « Avant trois mois , je vous le prédis, la contre^révolution sera faite constitutionnellement. » Si tels devaient être les effets naturels et logiques de la Constitution de Tan III, c'était dire à tous ceux qu'une contre-révolution aurait perdus le parti qu'ils avaient à prendre. Aussi Tallien conclut-il à ce que la commission des Cinq , nommée le 12 vendémiaire, « eût à présenter de suite toutes les mesures qui pourraient assurer le salut de la patrie *. ))

Bentabole, Roux, tout le personnel delà Montagne, les tribunes, où s'étaient réunis les débris des jacobins, appuyèrent avec chaleur la proposition Tallien; et nul ne peut dire ce qui serait sorti de cette tentative désespérée , si , à la séance du 23 , une philippique de Thibaudeau, aussi véhémente que sensée, n'eût éclairé la Convention sur les nouvelles aven-tares qu'une intrigue audacieuse allait lui faire courir.

Un seul moyen pouvait faire avorter le projet des

^ Barrëre, Mémoires, t. II, p. 280.

* Manittitr du 28 octobre 4796.

terroristes : c'était de dévoiler très-nettement et trèshardiment leurs projets. Thibaudeau le fit avec autant de courage, le 23 octobre, contre Tallien , que TallienTavait fait, le 9 thermidor, contre Robespierre. (( Il ne s'agit de rien moins, s'écria-t-il, que de suspendre la convocation du corps législatif. » — Jamais! jamais! répondirent, en se levant, avec énergie, tous les membres de la droite. « Il ne s'agit de rien moins, reprit-il, que de fouler aux pieds la volonté nationale. » — Et comme quelques voix de la gauche répondaient : On ne le veut pas! — « Il y a plus que de l'impudeur, répliqua Thibaudeau, à nier qu'on ait dit ce que tous nos collègues ont entendu ^ » Et Philippe Delleville ajouta : « Cela m'a été dit au Palais-Bourbon, et je suis revenu pour m'y opposer, car nous mourrons tous plutôt que cela n'arrive. »

Alors Thibaudeau accabla Tallien avec les souvenirs de son passé. Il le peignit d'abord faisant l'apologie des massacres de septembre , puis se jetant avec la même violence dans le parti contraire, et organisant celte jeunesse dorée qui troublait les spectacles, insultait les comités, et bravait la Convention jusque dans son enceinte. Il ne lui épargna pas même les témoignages du comte de Provence et de d*Entraigues, dont les lettres le montraient associé aux projets des royalistes , lui qui voulait recommencer contre eux toutes les violences de la Terreur. * JfomVcur du 29 octobre 1795, séance de la ConrentioD du 23.

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