LIVRE PREMIER
fournies pour laver la guillotine ^^ et qui fut passée au compte du district. La misère de la municipalité de Toulouse n'était pas devenue moindre; car, d'après un rapport du représentant Destrem, l'éclairage de la ville y avait été diminué, presque supprimé, et les nourrices des enfants trouvés menaçaient de les rapporter aux hôpitaux ^.
Deux faits généraux suffiraient pour résumer l'état dans lequel la (Convention laissa les finances de la France. Les contributions immobilières de 1793, de 1 794 et de 1 795, s'élevant à un milliard environ , n'étaient pas rentrées '; et le 30 septembre 4797, l'État faisait publiquement une banqueroute de 50 milliards.
Le Directoire allait donc prendre les'rénes d'un gouvernement dont les caisses étaient vides, dont les
* Voici le texte de cette facture : « Compte de lau que je fourni par ordre du citoyen Bert, aispecteur que fourni sur la Place-Nationale pour laver la gillotine, an nobre de trente bariques de ville, à 2 fr. pièce, ci 60 fr.
Plus, avoir acheté une banque qu'il coûta 12 fr., ci. . . M
Totail fait 72 fr.
Pour laquit ne sachant signe.
Pour Séré-Jean Figarol aîné.
Vu bon pour la somme de soixante-douze livres, à Bordeaux ,
le 5 vendémiaire de la 3*,
Clochaed, architecte.
(Extrait des archives de la ville.)
î Moniteur du 24 juin 4798; rapport de Destrem au conseil des Cinq-Cents.
3 Le Rédacteur, 46 décembre 4795.
U HISTOIRE DO DIRBGTOIRE.
armées étaient saug pdîn , éMl les employas étaieirt sans traitement ; et son ministre des^ financée ne par-* venait, le iO décembre HOS, k assurer la marche des services, qn'en procorant de Targent au trésor sur son crédit particutier ^
Depuis quatre ans, on vivait sur les afs^gnats. C'est à celte source , aux dépouilles des châteaux et des églises, ainsi qu'au butin fait par les armées, qu'on avait puisé les quatre-vingt-seize miHiards dépensés en 4 798 , depuis le commencement de la révolution.
Qu'on juge de la dépréciation qu'avait dû subir un papier-monnaie dont le gage était illusoire, et auquel le mépris des lois les plus élémentaires de la liberté et de la propriété ôtait tout crédit. Le jour même de l'entrée en foncticms du Dtreetoire, le» 5 novembre, le louis d'cr v^ait 3yâOO livres ^^ ce qjui donnait au franc, en monnaie, la valeur de 145 fr. en papier, et à ? fr. d'assignats la valeur d'un sou !
Anssi les dépenses de cette époque, formulées en papier-monnaie y prennent-elles des proportions colossales. Le 6 novembre 1795, le lendemain de son installation, le Directoire demanda, paru» m^siRge, au conseil des Cinq-Cents, qu'il fût mis pî^ovisoirement à sa disposition une somme de trois milliards^; et
' Le Rédacteur y 10 décembre 479o, rapport du ministre des finances au Directoire.
* Moniteur du 6 novembre 4795.
3 Moniteur du 8 novembre 1795.
UVRB PREMIBH. «5
le 9 décembre suivant^ ces trois mîntardft avaîeal si peu profité, qoe le Directoire adressait an corps lé** gisls^if ces paroles désespérées : a Tous les res6(»rt8 se brisent dans nos mains , parce que la plus effroyable catastrc^he menace d'engloutir fo B^niblique entière. Vous verrez , par les lettres ci-jointes des trois ministres des finances, de Fintârieur et de la guerre, que nous touchons à notre dernier terme , si quelque ressource inattendue ne sort, pour ainsi dire, avec la rapidité de Téclaîr, du génie de la liberté, si tous ne parvenez à farre entrer, sur-le-champ, dans le trésor national, une grande masse de valeurs effectives \ »
C'était Tannonce de Vemprunt forcé de six cents' millions , valeur métaHique , équivalant à cent vingts sept milliards deux cents rmUion&j^ valeur en papiermonnaie, au cours moyen du jour, qui était de o,iOOfr. le louis d'or*.
Le papier-monnaie était donc devenu aussi vain que les feuilles volantes de la sibylle. « Nous en prendrions, disaient les paysans, si les chevaux voulaient en manger \ » L'État, qui en recevait des masses énormes, expirait de misère, au milieu de ces trésors illusoires. Ainsi, on payait 120 fr. d'impôts en 1795, avec le prix d'une paire de chapons *.
* Le Rédacteur, n» 3.
2 MoniUur du 40 décembre 4795.
^ Moniteur du 3 novembre 4795, séance de la Convention du 25 octobre, dise, de Giraud.
* Ibid.
L'abonDemenl d'un journal coûtait deux mille francs ^ ; et le Directoire fut obligé de régler ainsi , le 9 décembre 1795, le traitement des employés, afin qu'ils eussent rigoureusement de quoi vivre :
Directeurs et chefs de division dans les ministères, i 44,000 fr. ; chefs de bureau, 90,000 fr. ; sous-chefs,
60,000 fr. ; rédacteurs, 36,000 fr. ; garçons de bureau, 6,000 fr.*. •
Des traitements en apparence si élevés ne dispensaient pas de la plus sévère économie, car le prix du pain s'éleva jusqu'à 25 fr. la livre * ; et un boisseau de pommes de terre coûtait plus de 80 fr. ^.
* Le Rédacteur, n<»du 12 janvier 1795.
2 Le Rédacteur, n<» du 17 décembre 1795.
3 Moniteur du 3 novembre 1795, séance de la Convention du 25 octobre, dise, de Hardy.
♦ Moniteur du 24 octobre 1795 , séance de la Convention du 18, dise, de Louchet.