DÉPOPULATION
On force les riches à émigrer pour avoir leurs dépouilles. * Listas de (kux émigrés.— OrganisatioD meurtrière de l'armée. — Dénûment et jeunesse des soldats. — Les trois premières campagnes coûtent huit cent mille hommes. — Théorie des supplices appliquée au gouremement. — - Horrible abus de la mort. — G*est surtout le peuple qui est décimé par la guillotine. — Statistique des suppliciés. ^- Histoire de la famine produite par le maxi^ mum* ^- La France nourrie par le gouyemement. — Famine générale.
Quatre causes s'étaient réunies pour chasser de France ou pour faire périr environ trois millions d'hommes : — Témigration , la guerre, les supplices et la faim.
CTest une opinion à peu près universellement reçue , que les émigrés avaient mérité Texcès des maux qui les accablèrent, en commettant le double crime de résister à rétablissement des institutions libérales, et de porter les armes contre leur patrie.
C'est là, néanmoins, un des préjugés les plus impies que l'esprit de parti ait jamais dictés à l'histoire. Les émigrés qui s'éloignèrent du toit paternel en
hdine des réformes , ou qui se rangèrent sons les drapeaux de Gondéy ne formaient pas, réunis entre eux, le quarantième de h (nas^^a<k^e de Témigration. La Convention se procura et fit imprimer, par décret du 4 octobre 1792, le Livre (Tordre de r armée des émigrés ' ; Teffectif de cette armée ne dépassait pas cinq mille hommes; et cependant, lorsque le décret du 1 5 novembre 1794 — 25 brumaire au III — renouvela et géuàralisa toutes le» lois antérieures portées au sujet de Témîgration , les listes des émigrés contenaient plus de deux cent mille noms, appn*teii«it, pour la plus grande part, à des moines, à des prêtres, à des religieuses, à des vieillards, à des femmes et à des enfants.
ÏA fiprtde politique el le sena intime de toutes les lois mv Témigratiaii, se trouvent très-nettement indiqués dans les rapports faits par Saint-Just à la Gon^ vention , le 1 0 octobre 1 793 , sur le gouvernement révolutionnaire, et le 26 février 1794, sur les personnes incarcérées : « Il faut, disait-il „ appauvrir les ennemis du peuple, pour qu'ils n'entrent pas en concurrence avec lui... La révolution noQ& conduit à reconnaître ce principe , que celui qui s*est montré Tennemi de son pays> ne peut y être propriétaire.... Les propriétés des patriotes sont sacrées; mais les biens des conspirateurs sont là pour tous les malheu-
« Jfon^nr du e dctolMre 4799.
LITRE DEUXliLME. 49
nwL ^ » Voilà le ]^iMtpe qui fit ÎBScrire phis de deux cent mile bcnm sur la liste des émigrés.
Les diefe d» ki révokUioii vonfadent avoir y comme Oetafe et comme SyUa^ des bteos à distribuer à leurs psHTtisaDS. Cîi^ mille cadbte de fomiUe , rétmîs sous les étettdards de Goséé, n'auraient oiert qu'uae meâgre dépooille. C*esl poor cela que, tout en ayant soin de fiaàre peser sur Fémigration entière Taccnsation d'avoir envahi le sol les armes à la main , les terroristes s^attachèrent à grossir ses rangs , par plus de scâxaate décrets successib , d'une foula peu propre à combattre , mais fort bonne à dépouiller , pères y mères y enfants ^ parents^ amis, agents^ avocats»^ notaires d'émigrés.
Vf.
Cest à Taîdede cette cbasse organisée contre Fémigré, réel ou fictif^ et encouragée par les récompenses données à la délation * , que les chefe de la révolution amassèrent, en quatre années» du commencement de 1792 à la fin de 1793, un butin ta*ritorial d'environ sept milliards, dont cinq sur le continent, et deux dans les colonies.
Cette spoHatîcm monstrueuse s'était opérée sous le prétexte de distribuer un milliard de biens nationaux aux soldats^ d'abolir la mendicité, et de c^istituer un patrimoine à chaque patriote indigent. Les ar-
* Mém. de Barrêre, t. H, p. 412. -^MomPmr du 9!7 février 1794 .
* Décret du 44 février 1793.
dentés convoitises qui avaient favorisé ce vol gigantesque furent déçues. La mendicité augmenta , et s'étendit jusqu'à ces soldats mutilés , qu'on avait bercés d'une récompense menteuse ^ ; l'armée ne reçut rien j pas même ses souliers , son pain et sa solde '; et quant aux révolutionnaires , ils n'attrapèrent du butin que ce qu'ils en purent voler; mais, s'il faut en croire Saint- Just, ils se firent la part du lion ^.
1 Un message au Directoire, au sujet des soldats estropiés et mendiants, fut adopté au conseil des Cinq-Cents, sur la motion de Desmolins, le 46 novembre 4796. La proposition d*abolir la mendicité, à Taide d*une distribution de biens nationaux, a^it été faite par Saint- Just, dans son rapport à la Convention , du 26 février 4794. Voir le MoniUwr du 27.
2 Le 24 février 4793, la Convention décida, en principe, que des récompenses territoriales seraient décernées aux soldats. Le chiffre de ces récompenses fut fixé, le 26 juin suivant, à 600 millions. Voyez le Moniteur du 2 juillet 4793. — Le 25 novembre 4795, cette récompense nationale, qui n'était encore que promise, fut élevée à un miUiard de biens nationaux^ valeur métallique ; ce qui faisait , en assignats , une somme fabuleuse , le louis d*or valant 3,390 fr . à la bourse de ce jour. Voyez le Moniteur du 29. — Enfin, comme la récompense était incessamment réclamée, le corps législatif adopta, le 48 décembre 4797, sur le rapport du général Jourdan, un décret qui en ordonnait le payement : c'est la dernière fois qu'il en fut question ; inutile d'ajouter que les soldats ne reçurent pas une obole. Lorsque Bonaparte avait ouvert, le 27 mars 4796, la seconde campagne d'Italie, <r la pénurie des finances était telle, dit* il, que, malgré tous ses efforts, le gouvernement ne put donner que deux mille louis en espèces au trésor de l'armée. L'armée manquait de tout.... , le pain était mal assuré; et, depuis longtemps, on ne faisait plus de distribution de viande.»— Montbolon, Mémoires écrits à Saint&'Hélène^ t. m, chap. V, p. 467.
^ Les patriotes s'étaient naturellement jetés sur les emplois publics; et les plus prévoyants avaient choisi l'administration des «r* mées. Voici le jugement qu'en portait Saint-Just^ leur patron: