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LIVRE DOUZIÈME

Convention que chacun put adorer rÊtre-Supréme à sa manière ' . Entraîné lui-même par ce mouvement , et charmé d'avoir un rival populaire à opposer à la déesse Raison ^ Robespierre fit un pompeux éloge de rÊtre-Supréme y le 21 novembre , à la tribune du club des Jacobins *.

Allant plus loin que tout le monde , Danton proposa , le 26 novembre , que la Convention fît construire un temple à rÊtre-Supréme, au milieu du Champ-de-Mars. « Si la Grèce , s'écria-t-il , eut ses jeux Olympiques, la France solennisera aussi ses jours sans-culoUides ^. Le peuple aura des fêtes dans lesquelles il offrira de l'encens à l'Être-Supréme. Que le berceau de la liberté soit encore le centre des fêtes nationales. Je demande que la Convention consacre le Champ-de-Mars aux jeux nationaux, et qu'elle ordonne d'y élever un temple où les Français puissent se réunir en grand nombre *. »

Dès ce moment , la religion de Robespierre était trouvée. Sa tête mit près de quatre mois à combiner ses détails; et comme, malgré l'adresse du 5 décembre, la France était sans religion, Couthon annonça, le 6 avril 1 794 , que le Comité de salut public

^Moniteur du 24 novembre 1793.

2 Moniteur du 26 novembre 4793.

> Après Tinstitution des mois républicains de 30 jours , il resta 5 jours supplémentaires à la fin de Tannée. Ce sont ces 5 jours, qui n'appartenaient à aucun mois, qu'on nomma sans-culot tides.

^ Moniteur dvL 28 novembre 1793.

202 HISTOIRE DU PIIECTOIRB.

soumettrait procbamement à la GonvMtion an {mjet de fêtes décadaires, eu Thonnear de rÉlre-Sapréne ^ .

Robespierre n'avait pas sur la religion d'autres idées que celles des philosophes du xtiii® siède , quoiqu'il affectât de les mépriser.

Retenus , non-seulement par la crainte du Parlement et de la Sorbonne^ mais encore par le sentiment des populations, qu'ils n'osaient pas braver, les philosophes avaient généralement affecté de croire à l'existence de ce qu'ils nommaient un Être-Suprème, et à rimmortalité de l'âme. Avec ces mots, qui étaient assez généraux et assez vagues , ils semblaient accepter au moins les points fondamentaux des croyances publiques , tout en réservant à leur esprit la liberté de les ruiner par des hypothèses contraires. Ainsi, Voltaire faisait des poèmes pour établir l'immortalité de l'âme; et puis, il établissait ailleurs que l'âme n'était qu'une faculté du cerveau , périssable comme le cerveau lui-même *.

L'immortalité de l'âme avait paru à Robespierre,

* Moniteur du 7 avril 1794.

' Voltaire était d'avis que la matière peut penser ; il récrivait à d'Alembert au mois de juillet 4757. —Lettres de Voltaire et de d'Alembert , n» 26. — Le 29 août de la même année, il ajoutait : « Mandez-moi comment vont les organes pensants de Rousseau. S*il y avait une preuve contre rimmortalité de Fâme, c'est une maladie du cerveau ; on a une fluxion sur l'dme, comme sur les dents. «—Lettre n* 27. — Et pourtant combien de prose et de vers Voltaire n'a-t-il pas composés sur ï immortalité de l'dmel

LITBE D0XJZ1ÈIIB« %M

reaknxT une donnée poKtîqiM dont il eisaym de û^ rer parti. Si la vie future n'existait pas^ eomme ma dédommagement des souffinances et comme une récompense des vartus de la vie présente, il est évident que la sagesse ordonner»t de dierchor le bonhenr dans les jouissances d'id-bas. Mais il est impossible^ quoi qu'on fsisse, qu'il n'y ait pas, et en très-^gruid nombre, des hommes qui souâirent en ce monde; et dès tors^ c'est surtout aux pauvres, aux malh^irenx, aux attristés, aux délaissés, que la croyance à la vie future est nécessaire.

C'est pour cda que Robespierre affecta de voir et de signaler des aristocrates dans les athées, pv ce que les jouissances de la terre pouvaient, dans une certaine mesure, rendre moins regrettables aux riches les félidlés du ciel, a L'athéisme est aristocratique, disaitil au club des Jacobins* L'idée d'un Grand-Être qui veille sur rinnocaace op{M*imée, et qui punisse le orime triomphant, est toute populaire. » Et cœnme l'assemblée applaudissait, R(d)espierre ajouta : « Le peuple, les malheureux m'applaudissent Si je trouvais des censeurs , ce serait parmi les riches et les coupables. J'ai été, dès le collège, un assez mauvais catholique; je n'ai été ni un ami £*oid, ni un défen^ seur infidèle de l'humanité \ »

Ainsi, voilà le fond d'idées vagues, générales, dépourvues de sanction, que Robespierre va prqioser pour base de la religion nouvelle; et quand il voudra

* Moniteur du 26 novembre 4793.

soi HISTOIRE DU DIRECTOIRE.

les formuler au nom du gouvernement, il sera impossible à son esprit d'aller au delà d'une sorte de panthéisme confus et mal défini, o Rappeler les hommes au CULTE PUR de TÊtre-Suprême, dira-t-il, ce sera porter un coup mortel au fanatisme. Toutes les fictions disparaissent devant la vérité, et toutes les folies tombent devant la raison. Sans contrainte, sans persécution, toutes les sectes doivent se confondre ellesmêmes dans LA RELIGION UNIVERSELLE DE LÀ NATURE ^ ))

Robespierre bannira donc de son culte les déesses faites avec des prostituées; mais il y introduira des déesses de bois et de carton, qui, pour être moins odieuses, n'en seront pas moins ridicules.

Couthon avait annoncé, en ces termes, le 6 avril 4794, les fêtes de TÊtre-Suprême : « Un rapport du Comité du salut public proposera un projet de fête décadaire, dédiée à TÉternel, dont les Hébertistes n'ont pas ôté au peuple l'idée consolante. » Ce rapport fut présenté par Robespierre le 7 mai. C'est un traité confus et lourd de morale panthéistique , bon à débiter dans une académie de philosophes, bizarre et insensé dès qu'il doit se résoudre en pratiques religieuses et en culte.

Le rapport de Robespierre était suivi d'un décret, remarquable surtout par trois dispositions.

Par la première, « le peuple français reconnaissait

* Moniteur du 8 mai 479i.

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