LIVRE ONZIÈME
fut emporté par le toirent, et la Convention courba la tète sous les caprices de la multitude.
Le souvenir de toutes ces hontes , que les asaem*» blées délibérantes avaient subies pendant six années, et dont la Convention avait eu la plus grosse part j la déterminèrent sans doute à les épargner à ses suc* cesseurs. Le règlement qu'elle adopta mettait les Conseils à l'abri de ces insultes, imposait au public des tribunes l'obligation d'assister découvert aux séances, et lui interdisait absolument tout signe d'approbation ou d'improbation. En outre , et c'était là l'essentiel » car ce n'étaient pas lés règlements qui avaient manqué aux assemblées, ces dispositions furent, dès le premier moment, sévèrement appliquées. Ainsi, le 29 octobre, Daunou fit découvrir le public des tri^ bunes du Conseil des Cinq*Cents; et le 30, un specta* teur des tribunes du Conseil des Anciens ayant applaudi un orateur, La RéveUière*Lépeaax le fit expulser sur-le-champ.
Les deux Conseils nommés et installés, restait la nomination du Directoire. Les Directeurs^ devaient , comme on sait, être choisis par le Conseil des Anciens, sur une liste de candidats décuple, présentée par le Conseil des Cinq-Cents.
Cette liste fut dressée et votée le 30 octobre, avec des circonstances qui montrent ce qu'osait et ce que pouvait alors l'esprit de parti.
Certes, la Convention avait fait une étrange chose, et qui avait failli lui coûter cher, en maintenant cinq cents de ses membres dans le nouveau corps législatif, malgré les répugnances et les haines trop légitimes de la France. Eh bien ! il lui sembla que la nation n'était pas assez traitée en pays conquis ; et elle prétendit encore à la direction complète et exclusive du gouvernement, en conférant le pouvoir exécutif à des hommes dont elle serait sûre, et qui perpétueraient fidèlement ses traditions et sa politique. Cette nouvelle usurpation semblait difficile, puisqu'il fallait courir la chance de deux scrutins, l'un pour choisir les candidats, l'autre pour choisir les Directeurs; et en admettant que Fintrigue eût triomphé du Conseil des Cinq-Cents , il pouvait paraître chanceux qu'elle réussit à triompher également du Conseil des Anciens. L'adresse des conventionnels triompha de tout.
La liste des cinquante candidats fut ainsi faite, qu'elle porta en tête les cinq noms qui devaient être choisis, et que tous les autres furent pris au hasard, sur quelque table d'almanach. Ainsi, onlisait d'abord les noms de la Révellière-Lépeaux , de Rewbell, de Sieyès, de Letourneur (de la Manche) et de Barras; puis venaient des noms inconnus, et des candidats évidemment impossibles : Collinet, ancien officier de marine aux Sables-d'Olonne; Duprez, ancien officier de cavalerie à Autun; Lecomte, homme de loi à Couches; Senault, homme de loi à Mons; Yveteaux, juge de paix dans le département de la Creuse; Du-