‹ Histoire du directoireChapitre 80 sur 241 · LIVRE ONZIÈME. m · texte numérisé non relu

LIVRE ONZIÈME. m

lière, les fatigues que j'ai éprouvées depuis le com* mencemetit de la révolution ^ ma répugnance pour tout ce qui m'arrache à la vie privée, m'avaient fait dire que je n'accepterais pas, dans le cas où je serais porté au Directoire exécutif; mais la difficulté des circonstances, le dévouement de tout bon républicain envers la patrie ont changé ma décision. »

« Si je ne consultais que la faiblesse de mes talents, disait Letourneur surpris lui-même de sa bonne fortune , je laisserais è un autre la place importante à laquelle vient de m'appeler le Conseil des Anciens ; mais je me suis rappelé que le courage et le dévouement à sa patrie sont le propre d'un républicain. »

« J'accepte ma nomination au Directoire exécutif, » dit à la hâte et brièvement Rewbell , ambition affamée et gloutonne, qui se jette avidement sur le pouvoir, et l'avale sans respirer.

« Mon respect pour la décision des deux Conseils, écrit Barras avec un ton qui tient du vicomte et du capitan révolutionnaire, mon zèle, mon courage, et mon attachement pour la République , me déterminent à accepter la place de m^abre du Directoire exécutif. »

Sieyès, dans la longue lettre qu'il adressa au Conseil des Anciens, allégua le peu d'aptitude qu'il se sentait pour des fonctions pareilles, et les haines auxquelles il n'avait cessé d'être en butte de la part de tous les partis, depuis le commencement de la révo-

lation. La suite prouva qu'il n'était pas sincère, et que, certain d'entrer dans le Directoire quand il pourrait y exercer une influence utile à ses projets, il ne lui trouvait en 1 795 ni assez d'unité dans ses vues, ni assez d'autorité dans le pays.

Le Conseil des Cinq-Cents dressa , toujours par le même procédé, une liste de dix candidats pour remplacer Sieyè». Cambacérès, appuyé par le nouveau tiers-parti, se glissa dans cette seconde liste, comme il s'était glissé dans la première ; mais Carnot y était placé en première ligne , et le Conseil des Anciens le choisit.

Le Directoire se trouva donc ainsi composé : La Révellière, Letoumeur, Rewbell, Barras et Camot.

La Convention avait triomphé complètement. Elle avait les deux tiers du pouvoir législatif, et le pouvoir exécutif tout entier. La Révellière, Letoumeur, Rewbell et Camot avaient longtemps siégé dans le Comité de Salut Public, et Barras dans le Comité de Sûreté Générale ; et tous cinq avaient voté la mort du roi. Il n'était pas possible, à ce qu'il semblait du moins, de se mieux prémunir contre toute idée de transaction avec la famille des Bourbons, qui, quoique exilée et mutilée , ne cessa jamais d'être la terreur constante des révolutionnaires.

Complété le 3 novembre et installé le 4, le Directoire nomma les ministres le lendemain. Il choisit

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