LIVRE DOUZIÈME
patient qu'elle exigeait ; et, quoique afiligéaa suprême degré de l'infirmité d'Esope, il eut l'idée quelque peu étrange de vouloir se joindre à La Fayette, qui allait guerroyer pour l'indépendance des États-Unis. Néanmoins, ce n'était là, comme la profession d'avocat, qu'une fantaisie de cet esprit ambulatoire; et ayant assez promptement abandonné ses projets militaires , il se mit à se prendre de passion pour la politique, la philosophie, la musique et l'italien. Il étudia , et apprit tout cela comme le reste; et, finalement, il retourna en Anjou, où ses parents le marièrent à mademoiselle de Chandoisèau.
Les philosophes de ce temps avaient tellement altéré le bon sens des classes élevées, quelles se tourmentaient l'esprit pour se donner une éducation romanesque. Les ducs et pairs apprenaient à être menuisiers, tourneurs ou serruriers; et les jeunes personnes qui se sentaient de l'ambition dans l'esprit, apprenaient la métaphysique ou la chimie. On devine ce que devenait l'étude des choses nécessaires , pendant qu'on se livrait à l'étude des choses fantasques!
La jeune épouse de La Révellière avait appris la botanique. C'en fut assez pour que son mari voulût l'apprendre aussi. Non-seulement il Tétudia , mais il en fit un cours public, dans un jardin, à Angers; et il allait se rendre en Suisse, pour se perfectionner par la connaissance pratique des plantes alpestres, lorsque l'assemblée du tiers état du bailliage d'Anjou le nomma son député aux états généraux.
La RéVelliêrè^Lépeattx était alors fOyalîsté, Si 11 le reftta juàqu'k là flti dd 1791, comme Datilôn, comme RobeôtiieiTë, cotfattie Mâràt, éomtae tàlît d'autfê^ atbbilieux, qUë le déâofdt^ drois^tit et le ûêsit (ïèû profiter rendihsilt républicaine».
D&ntotl disait, au ttiois de déCeitibfè 4791 i a Là natioti a conservé la toyatité sanâ la ci*aindre, et Ta épdrée sâtis la haïr; i et 11 ajoutait t a J'appellerais la tuott à gfands cris gtir le pféinieir qui lèvëfâit hû bras sacrilège pour l'attaquer, fllt-ce tndû frère, ffttce moti atilî, fût-ce m8n pfopi'e ÛU^ d*
Robespierre diëâit, âii mois de juillet i79l t « Quant au Inbnarqué, je n'ai point partagé Teffroi que le titt*ô de rOi a i&spiré à pfé^Ué tous les petipleà libres} poUrVù qUë la Uàtiotl fût toîge â sa plâée, je ûè CTâigfiâis pas là royauté, et tnêtté Thél-édilé des fond^ tiôttà h)yàles datis Une famille *. f>
Marat disait, le 17 têniQt 1791 : a Là Inonârchie trêâ^limitée est le gouvët-uetnent qui nous convient
* Discours prononcé par DantoU) le jour de son installation comme substitut du procureur de la commune. — Prudhomme , Histoire irhpàrUale dés itébotutiohs, t. Il, p. 323.
■Adresse de Maximilien Robespieri^ aut Fraoçaisi^ Pmdhdalmei Révolutions de Paris , 1. 1, p. 226. • Robespierre signa ses lettres DE ROBESPIERRE, jusqu'au décrct du 49 juin 4^90, qui abolissait les qualifications nobiliaires. — Voyet à ée sujet là lettre qu'il écrivit à Camille Desmoulins^ le 7 juin 4790, et dans laquelle il proteste contre un manque de réserve dont on l'accusait envers le Dauphin. — Révàtulîom de France el de Brlabant, t. Itl, p. 300.
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le inieiis;4. Qaant à la personne de Lonia XyL.«. la nature en a fait une excëlleiitë pâte d'homtno. Tel qu'il est) o'eat^ à tout prendre^ le roi qu'il nous faut. Nous derons bénir le ciel de nous Taroir donnée nous ddvons le t)rier de nbus le cotiserrer \ »
Eh bien ! La Rérellière ^ avant de changer d'opinion avec les événements, comme ces fameux démagogues, pensait exactement comme eux. « Je sais^ disait-il à la tribune de la Constituante le 1 8 mai 1 791 , qu'àveo des principes purement théoriques, oh fait un gouvernement sans gouvernement) je sais que, dans uâ pays tel que là France, d'une vaste éteildue, d'une prodigieuse population ^ les liens du gouvernement doivent être plus sertés qu'à Glarié ou à AppenÉell} sans quoi l'État, dans tiHe dissolution continuelle) serait abandonné aux horreurs de l'anarchie^ pour passer ensuite sous la domination despotique de quelques ititrigants; et je ne crains pM d'assurer, moi qui n'ai pas un penchant bieh décidé pour les cours, que le jour où la France cessera d'avoir un roi, elle perdra sa liberté et son repos, t>bur être livrée au despotisme effrayant de factions éternelle^ '. »
La Révellière était certainement de bonne foi quand il tenait ce langage, parce qu'alorè {lersonne ne croyait à la chute de la monarchie , que les Utopistes sapaient à leur insu. Plus tard) quand le détordre et l'anarchie vinrent surprendre tous ces
i Marat, tJmi du Peuple, n« 374.
* Moniteni' du *() mai 4f91 .
imprudents réformateurs, ils suivirent les événements avec l'espoir de les faire tourner à leur profit ; et ils se dirent républicains, parce qu'à la faveur de ce titre ils pouvaient aspirer au pouvoir ou aux richesses , choses qui tenaient bien plus fortement à leurs cœurs, que les doctrines ne tenaient à leur esprit.
Le département de Maine-et-Loire envoya La Révellière à la Convention au mois de septembre 1 792. Il y suivit à peu près la trace des girondins. Dans le procès du roi, il vota pour la mort, sans appel et sans sursis. On le vit ensuite et longtemps flottant entre la Gironde et la Montagne. Lors de la terrible émeute du 2 juin 1 793 , qui fit succomber les girondins sous les efforts d'Hébert, de Marat et de Danton, La Révellière fut au nombre des soixante -treize députés de la droite que cette violence indigna. Il fut exclu avec eux de l'Assemblée par le décret d'arrestation du 3 octobre ; et il y rentra solennellement avec eux, par le décret réparateur du 8 mars 1795.
C'est là que vint le trouver, après une réélection forcée, due aux décrets de fructidor, cette dignité directoriale , qui ne fat pas un des moindres caprices de la fortune révolutionnaire.
La Révellière -Lépeaux n'était qu'un philosophe, professant nous verrons plus loin quelle philosophie. Jamais tribun ne fut plus étranger que lui à la connaissance des hommes et à l'esprit des affaires. Son