LIVRE DOUZIÈME
fraternité Tenflamment. Ces groupes divers, parés des fleurs du printemps, sont un parterre animé dont les parfums disposent les âmes à cette scène touchante.
» Les tambours roulent. Tout prend une forme nouvelle. Les mères quittent leurs fils et leurs époux; elles portent à la main des bouquets de roses. Leurs filles, qui ne doivent jamais les abandonner que pour passer dans les bras de leurs époux , les accompagnent et portent des corbeilles remplies de fleurs. Les pères conduisent leurs fils , armés d'une épée ; l'un et l'autre {sic) tiennent à la main une branche de chêne.
» Tout est prêt pour le départ... Une salve d'artillerie annonce le moment désiré. Le peuple se réunit au jardin national.
» La Convention nationale, précédée d'une musique éclatante, se montre au peuple. Le président paraît à la tribune élevée au centre de l'amphithéâtre ; il fait sentir les motifs qui ont déterminé cette fête solennelle ; il invite le peuple à honorer l'auteur de la nature.
» Il dit , le peuple fait retentir les airs de ses cris d'allégresse.
» Tel se fait entendre le bruit des vagues d'une mer agitée, que les vents sonores du Midi soulèvent^ et prolongent en échos dans les vallons et les forêts bintaines *. «
* Moniteur du 7 juin 4794.
Il est inutile de poursuivre ; car, idées et style , tout est ainsi jusqu'au bout.
Après avoir habité la rue de Saintonge, n** 8, au Marais, jusqu'au 10 août, Robespierre, élu à la Convention, vint se loger rue Saint-Honoré, dans un pavillon situé au fond de la cour d'une maison portant aujourd'hui le n® 398. Cette maison, dont l'entrée a été resserrée et surbaissée, avait alors une porte cochère; et l'appartement de Robespierre, qui n était pas masqué par le corps de logis construit depuis lors au-dessus de l'entrée, avait vue sur la rue Saint- Honoré. Lorsque le Girondin Girey-Dupré, rédacteur du Patriote français, alla au supplice le 21 novembre 1793, « il chantait gaiement, dit Louvet,son hymne de mort qu'il avait composé. Comme il passait au coin de la rue Saint-Florentin, il vit aux fenêtres du logement de Robespierre la maîtresse de celui-ci , ses sœurs, et quelques-uns de ses féroces complices : A bas les tyrans et les dictateurs! leur cria-t-il; et il leur répéta ce souhait prophétique jusqu'à ce qu'il les eût perdus de vue \ »
* La porte cochère servait à la voiture de Robespierre, payée par le Comité de salut public. Elle était remisée dans la seule portion du bâtiment qui n'ait pas été reconstruite, et qui sert^ à gauche, dans la cour, de logement à la famille du concierge.
Le menuisier Duplay, propriétaire de Robespierre, avait sa boutique au rez-de-chaussée du pavillon, c'est-à-dire à la placé môme qu'occupe en ce moment un imprimeur-lithographe. Cette inscrip-