‹ Histoire du directoireChapitre 94 sur 241 · LIVRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DOUZIÈME

Le logement de Robespierre, situé au premier étage du pavillon , au-dessus de l'atelier du menuisier Duplay, était presque aussi élégant que^elui de Marat. L'histoire ne dit pas s'il avait, comme Marat, « un salon très-frais, meublé en damas bleu et blanc, décoré de rideaux de soie élégamment relevés en draperies, d'un lustre brillant , et de superbes vases de porcelaine, remplis de fleurs naturelles, alors rares et de haut prix * » ; mais Barbaroux, qui rendit visite à Robespierre , témoigne de l'élégance et de la recherche du tribun dans son intérieur.

« Je fus frappé, dit-il, des ornements de son cabinet. C'était un joli boudoir, où son image était répétée sous toutes les formes et par tous les arts. Il était peint sur la muraille à droite, gravé sur la gauche; son buste était au fond, et son bas-relief vis-àvis. Il y avait en outre, sur les tables, une demi-douzaine de Robespierre en petites gravures *. »

tion, en grosses lettres : billets de mort en deux heures, est la première chose qui frappe dans cette cour, et conserve à celte maison historique l'aspect lugubre qu'elle avait déjà lorsque Robespierre rhabitait.

a Triste, soupçonneux, craintif, dit Vilate en parlant de Robespierre, ne sortant qu'accompagné de deux ou trois sentinelles vigilantes placées ordinairement à Ventrée de son logement lugubre; n'aimant point à être regardé, fixant ses ennemis avec fureur; se promenant chaque jour pendant deux heures avec une marche précipitée; vêtu, coiffé élégamment. La fille de son hôte passait pour sa femme, et avait une sorte d'empire sur lui. » — Vilate, Causes secrètes de la Révolution du 9 thermidor^ p. 183.

» Mme Roland, Mémoires, t. I, p. 447-^18.

2 Barbaroux , Mémoires , p. 63.

fi|8 HISTOIRE DU DIRECTOIRE.

Cest, da reste, une justice à rendre à Robespierre, qu'il dédaigna toujours de s'abaisser à la saleté affectée des tribuns de cette époque. Barrère , qui avait à Clichy une maison de plaisance voluptueuse, où. il réunissait ses amis et les courtisanes les plus célèbres *, portait au Comité de salut public ses cheveux noués avec une vieille ficelle crasseuse * ; et Pache , qui arrivait avec un morceau de pain noir dans sa poche, quand il allait travailler dans les bureaux de Roland ', amassait de belles sommes rondes, avec lesquelles il acheta des terres considérables *. Robespierre eut assez de fierté dans le caractère pour dédaigner de descendre à ce culte de la grossière démagogie. Seul peut-être, il ne porta jamais le bonnet rouge; seul, il osa rester poudré, frisé , élégant, muscadin^ comme on disait à cette époque ^; et il méprisait assez les agents de la Convention pour les charger publiquement de lui acheter des bas de soie de Lyon, quand le Comité de salut public les envoyait en Provence®.

^ « Barrère avait à Clichy une maison de plaisance, tout à la fois séjour des jeux de Tamour, et repaire odieux où les Vadier, les Vouland inventaient avec lui les conspirations que la guillotine devait anéantir. Ils s'y rendaient deux fois par décade. » -- Vilate, Causes secrètes de la révoliUion du 9 thermidoTy p. 484.

' Prudhomme, Histoire impartiale des révolutions^ t. lY, p. 4 9-20.

3 Mme Roland, Mémoires, t. I,. p. 94 .

* Frudhomme, Histoire des révolutiortëy t. IV, p. 45.

^ Le terme de muscadirij fort usité sous le Directoire, était déjà ancien. Le Moniteur du i®"^ novembre 4793 contient une dénonciation contre les courriers muscadins, qui couraient dans des voitures en habits pinces, au lieu de se couvrir les fesses de sang.

^ Lettre de Pilot à Gravier, pièces trouvées chez Robespierre, n^ 404.

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