LIVRE DOUZIÈME
Les hommes les plus considérables de la Révolution courtisaient la populace des bouges en exagérant son costume. Ils portaient ce qu'oii appelait une carmagnde complète, c'est-à-dire un large pantalon de laine noire, une courte veste pareille, un gilet tricolore^ une perruque à poils courts, plats et noirs, un bminet rouge, un sabre énorme, et deux moustaches ^ . Quelquefois ce costume de Jacobin se compliquait d'une véritable panoplie; et Sénart décrit ainsi le costume de Héron, Tun des estafiersqui accompagnaient toujours Robespierre, lorsque la peur ne lui faisait pas prendre la voiture affectée au Comité de salut public ^ : c II portait un couteau de chasse, avec un ceinturon blanc , et quelquefois il le cachait sous son habit. Il avait deux espingoles portatives dans des poches de côté, des pistolets de poche, une ceinture avec des pistolets , un poignard et un petit stylet *. » Robespierre ne quitta jamais les bas de soie, la culotte et la veste de couleur tendre, et le petit chapeau à trois cotne& ; et, sans les lunettes vertes , que sa mauvaise vue l'obligeait à garder *, sa mise irréprochable eût pu servir de modèle à la jeunesse de Fréron.
* Louvet, MénmreSy p. 479.
s Sénart, Mémoir$$, p. 440.
3/6fd., p. 44Î.
« a Sa hideuse {^ysionoime, loin d'être envetoppée d'une perruque noire, élait décorée de cheyeux bien arruigés et soigneusement poudrée; et, sans doute, pour cacher Fa^tation de son âme malfaisante, qœ ses yeux auraient pu trahir, il les masquait d'uae paire de lunettes verdâtres, qu'il portait toujours. » — Marie Williams, citée dans les Mémoires de Barbaroux, p. 64.
Comme s'il avait voulu se conformer au programme dressé par David, le soleil du 8 juin 1794 s'était levé avec un éclat admirable. Quoique le jardin des Tuileries eût été fort bouleversé, par suite de l'arrêté de la Commune du 7 mars précédent , qui avait ordonné , dans tous les jardins appartenant à FEtat, une plantation immodérée de pommes déterre, de haricots et d'épinards\ l'aspect en était enchanteur, au dire de Vilate, qui habitait le pavillon de Flore. Vilate était un ancien séminariste du département de la Creuse. Après une mission subalterne à Bordeaux, il était venu aux Jacobins de Paris, où il se donna le nom de Sempronius Gracchus. Barrère et Hérault de Séchelles , qui le jugèrent digne d'être des leurs, le logèrent au palais des Tuileries, et le firent juré au tribunal révolutionnaire, où, moyennant dix-huit francs par jour, il condamnait à mort, sans les entendre, tous les malheureux que Fouquier-
' L'arrêté delà Commune Fur la plantation des jardins qui étaient propriété nationale fut même appliqué aux jardins des particuliers; car voici ce qu'on lit dans le procès-verbal du conseil général, à la date du 7 mars : « Le citoyen Georget, de la section du Nord, se plaint de ce que les commissaires de cette section sont entrés d'autorité dans son jardin, et lui ont ordonné de faire arracher tous les arbres et les légumes qui s'y trouvaient , pour faire ensemencer le terrain de pommes de terre et d'épinards, » — Moniteur du 40 mars 4794. — La Commune fut obligée, le 8 mars, d'envoyer aux sections l'ordre d'arrêter ces ravages , et de mettre les habitants en garde contre « ces citoyens qui voulaient arracher un arbre pour planter un chou. »