LES NAUFRAGKS DE CALAIS
n'avait eu qu'à constater l'identité. Trois heures avaient suffi pour le procès et l'exécution. Cet émigré se nommait M. (le Cussy; il était, sous la monarchie, ministre de France en Bavière. Son émigration avait été tardive. Lorsqu il avait cru possihle de rentrer en France sous un gouvernement qui n'était plus la Terreur, il s'était enquis s'il était inscrit sur une liste d'émigrés; on lui avait assuré que son nom ne s'y trouvait pas. Le ministre de France à Genève lui avait délivré un passeport. Il était revenu à Paris; son passe-port avait été déj)osé à la police et il avait passé deux mois en liherté sans nulle inquiétude: puis^xil avait été arrêté comme soupçonné de conspiration. Aucune preuve, aucun papier ne justifia cette inculpation. Pendant trois mois, il fut tenu en prison à la Force; on retrouva, ou l'on ajouta, son nom sur la liste des émigrés, et il fut exécuté non comme coupahle, ni même comme condamné : il était hors la loi. De tels actes excitaient l'indignation, non pas seulement des journaux royalistes, mais des journaux les plus prudemment modérés. « Quand on voudra flétrir dans la postérité l'époque oii nous vivons, disait M. Lacretelle, il suffira de dire : k Une « telle loi existait, et elle était exécutée. »
Une autre procédure où du moins on pouvait dire : « et la loi n'est pas exécutée, » se poursuivait en même temps et fut ])endant longtemps encore un sujet d'op- [irohre pour le Directoire.
Le 14 novembre 1795, trois bâtiments danois firent naufrage sur la côte de Calais. Beaucoup d'hommes périrent. Vax assez grand nombre de passagers furent sau- \és ; ils étaient des émigrés et faisaient partie d'une légion qu'avait formée le duc de Choiseul et qui , après