‹ Histoire du directoire de la République française (volume 2)Chapitre 107 sur 152 · soplenibro · texte numérisé non relu

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nnnonçant que les barrières étaient fermées, ([ue les troupes cautounées dans la banlieue étaient en marelie, (^t que le comité iusurrecteur était réuni au Luxembourg; la peur gagna quelques-uns des orateurs les plus vifs, et ils se retirèrent. On envoya aux enquêtes ; les barrières n'étaient point fermées, les troupes de la banlieue n'arrivaient pas; on se rassura et on se remit à parler courageusement sans rien résoudre. Il y eut encore une séance le lendemain; les inspecteurs ne firent aucune proposition , aucun rapport. Depuis longtemps, les deux Conseils n'avaient délibéré avec autant de calme.

Le lendemain au soir, Thibaudeau reçut d'une main inconnue les proclamations et les pièces que le Directoire avait fait imprimer pour être affichées le 18. Il se rendit aussitôt à la commission des inspecteurs dont il faisait partie, ainsi que Picliegru, avec qui il avait peu ou point de relations. — « Un des placards, lui dit-il , qui seront affichés dans quelques heures , vous accuse de trahison et rend compte d'une négociation que vous auriez entretenue avec le prince de Coudé. » — Pichegru conserva une physionomie impassible et répondit tranquillement : — « Je monterai demain à la tribune pour démentir tout cela. » — « Mais il n'y aura plus de tribune demain, ni pour vous, ni pour moi. » — « Je n'ai jamais eu de rapports avec le prince de Coudé , » répéta Pichegru. Cet avis ne parut pas lui donner la pensée de pourvoir, soit à la défense du Corps législatif, soit à sa sûreté personnelle.

A une heure du matin, le général Ramel fut mandé [)ar le ministre de la guerre. En même temps, il sut que, par ordre du général Augereau, le poste de ca-

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valorie du ('arronscl et les deux pièces de canon qui étaient dans la cour avaient été emmenés sur la rive gauche de la Seine par le pont Royal. Rovere était le seul inspecteur de la salle qui tut resté aux Tuileries; il était couché. Le rapport de Raniel ne lui donna aucune inquiétude, et il uv lui prescrivit point de mesures à prendre. Sur les trois heures du matin, on lui remit un hillet du général Lcmoine, qui le sommait, au nom du Directoire, de donner passage par le Pont- Tournant à une colonne de quinze cents hommes, chargés d'exécuter les ordres du gouvernement. En même temps, on lui apprit que le château et le jardin étaient investis par douze mille hommes avec quarante ])ièces de canon.

Pendant que Piamel allait prévenir la commission des inspecteurs , où il trouva Pichegru et Willot , le faihie poste du Pont-Tournant avait été forcé, ainsi ([ue la grille du pont Royal. Les deux divisions d'Augereau et de Lemoine occupaient tout le jardin. Le château était cerné, de telle sorte que toutes les entrées de la salle des Anciens étîiient interceptées. Un seul poste, celui ([ui gardait les Cinq-Cents, avait refusé d'ouvrir la grille. Les représentants (pii se trouvaient dans la salle, jugeant ([ue toute résistance était inutile, défendirent à Ramel de faire feu. Le général Verdière entra et leur signifia de sortir, disant qu'il avait ordre d'apporter les clefs au Directoire, et qu'il leur conseillait, pour leur sûreté, de se retirer : ils refusèrent. Le général, après avoir fait fermer toutes les issues, alla demander des instructions au rinn'toire.

A cinq heures et demie, Augereau envoya, par un aide de canq), l'ordre à Ramel de se rendre, avec son corps, sur le quai d'Orsay, pour y attendre ses ordres.

Il répondit ([u'il devait prendre les ordres des deux Conseils. Jusqu'à ce moment, les officiers et les soldats qui composaient la garde du Corps législatif avaient conservé une contenance ferme et tranquille; mais lorsque leur général eut refusé d'obéir à Tordre d'Augereau, ils commencèrent à se troubler; des officiers criaient : — « Nous ne sommes pas des Suisses. » — « Je ne veux pas me battre pour Louis XVIII. » — « Les députés sont des gueux qu'il faut exterminer. »

Ramel répondit vivement à ces factieux; la majorité des grenadiers semblaient approuver sa fermeté.

Alors parut Augereau avec un nombreux état-major, où figuraient les hommes les plus odieux qui aient jamais porté l'uniforme français, Rossignol, Santerre, Fournier l'Américain, et jusqu'à la veuve de Ronsin en habit d'amazone. Tous criaient à tue-tête : Vive la République!

— (( Commandant Ramel, dit Augereau, pourquoi n'avez-vous pas obéi aux ordres du ministre et aux miens ?

— (( Parce que je suis sous les ordres du Corps législatif.

— <c Vous vous êtes mis dans le cas d'être traduit au conseil de guerre et fusillé.

— (( J'ai fait mon devoir.

— « Me reconnaissez-vous comme le commandant en chef de la division? )> — « Oui. » — « Eh bien, rendez-vous aux arrêts. »

Pendant qu'il se conformait à l'ordre qu'il avait reçu, il fut poursuivi des injures que lui adressaient quelques-uns des anciens officiers de l'armée révolutionnaire.— « Souffre maintenant, lui disait-on, tu as fait assez souffrir les autres. » — « Je n'ai fait souf-

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IVir |)ersojiiie, n'poiidait-il, mais j'ai su punir les brii»ands (jui le mérilaient; eu lueiue temps, il portait la main sur la garde* de sou épée ; alors toute la bande se jeta sur lui, son éj)ée tut brisée; il fut jeté par terre et traîné; nn sous-oi'licier, cpi'il avait mis aux arrêts peu de jours auparavant, s'avançait sur lui pour le tuer.

Augereau le sauva : — « Laissez-le; ne le tuez pas, je vous promets qu'il sera l'usillé demaiu. » — On a dit, ()[ il est de tradition, qu'il lui arracîia ses épaulettes. Il n'en fut pas ainsi; un domestique nègre, qui était accouru pour le défendre, fut abîmé de coups de sabre ; Ramel fut conduit au Temple.

La Constitution et le gouvernement légal avaient été anéantis par quelques soldats; la l'cprésentation nationale n'avait plus une existence véritable; les salles ou elle siégeait étaient devenues des corps de garde ; les représentants qui ^oulaient y pénétrer étaient re- [)0ussés ; ceux qu'on y avait ti'ouvés étaient conduits au Tenipli'.

Quelques beures de la nuit avaient suffi pour ce couj) de main, qui était une complète révolution. Pas une résistance n'avait été opj)osée à cette invasion des lois et de la liberté; pas un citoyen ne pensa à défend l'c le Corps législatif; la [)opulatiou parisienne resta immobile. Lorsque le matin et pendant la journée elle vit lialoner dans les rues le mMiéral Auijjereau euq>auacbé de plumes tricolores et paré d'une lar^e écbarpe, elle reunrdait avec stuneur, mais aussi avec iudilTéi'iMice. L'opinion publique s'était associée sympatbicpiement à la liaine et au mépris que la majorité témoignait au Directoire, bien plus qu'à la revendication de la justice et de la liberté; elle plaçait peu

d'espoir et de confiance dans cet essai d'une Constitution nouvelle. Ainsi, le Corps législatif n'avait pas une vraie popularité : la cause essentielle de cette apathie était surtout la lassitude des révolutions , le besoin de repos, le scepticisme des opinions. Toutes avaient échoué dans leurs promesses et leurs espérances; on lie [)ouvait avoir foi à aucune.

Ce fut sous la direction de Barras que s'accomplit cette expédition; il connaissait la tactique des journées révolutionnaires et il s'y trouvait dans son élément. Pendant qu'il exerçait cette dictature d'une nuit, son collègue La Reveillère était enfermé dans son appartement , ne se montrant point et ne laissant entrer personne jusqu'à lui. Rewbell n'était pas fait pour de telles épreuves ; ferme et excessif dans l'exercice journalier du pouvoir et dans la conduite politique, quand arrivait le moment de la crise, il se troublait au point d'embarrasser ses amis.

La veille au soir, un jeune officier, Gérard Lacuée, vint de la part de son oncle, M. de Cessac , avertir Carnot qu'on devait, pendant la nuit, arrêter un grand nombre de représentants, et que peiU-être chercheraiton à le faire assassiner, ainsi que Barthélémy. Il lui remit en même temps l'adresse d'une maison où on lui avait préparé un asile sûr.

Carnot et Barthélémy couraient les mêmes dangers ; ils étaient constamment du même avis dans les délibérations du Directou'e; ils portaient le même jugement sur la situation ; toutefois , il ne s'était établi entre eux ni intimité, ni confiance. Carnot n'avait pu se résoudre à contracter une alliance avec un parti ennemi de la révolution républicaine et plein de rancune contre le gouvernement de la Convention ; il

n'iji;norait point la haine, mortelle que lui portait Carras et le savait capable de tout; mais il n'avait jamais voulu écouter les avertissements et le^ instances de ceux de ses amis qui cherchaient à obtenir de lui quel- (|ue résolution énergique. Souvent le général Willot, (jui lui était resté fort dévoué , l'en avait pressé ; il était obstiné à attendre son sort plutôt que de faire cause commune avec des royalistes.

Tant de réserve et de méfiance n'avaient pas encouragé Barthélémy à se rapprocher d'un collègue en qui il ne cessait pas de voir le régicide et le membre du comité de salut public.

Avertis tous les deux du coup qui allait les frapper, ils ne se dirent pas une parole et se quittèrent à dix heures du soir ; Barthélémy rentra dans son appartement.

A trois heures du matin, il fut réveillé par un officier de la garde du Directoire qui commandait le poste <lu Luxembourg. — « Mon cher directeur, dit-il avec son accent alsacien, je suis bien fâché; j'ai ordre de vous arrêter et de placer dans votre chandjre un soldat pour vous garder à vue. » — Barthélémy demanda qui avait donné un tel ordre. L'officier ne connaissait que l'obéissance passive et répétait : — « Je suis bien fâché. i>

Un moment après entra le général Chérin, qui loua le prisonnier de son calme et de sa fermeté. — « Lorsque j'ai accepté ma nomination au Directoire, répondit Barthélémy, je savais bien que c'était me sacrifier et me présenter aux baïonnettes. »

Chérin lui répondit : — « Si vous couriez quelque danger, c'est moi qui vous défendrais.

— Je sais ce que je puis attendre d'un militaire

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