‹ Histoire du directoire de la République française (volume 2)Chapitre 110 sur 152 · SÉANCE DES ANCIENS · texte numérisé non relu

SÉANCE DES ANCIENS

riverait pas avant six heures du soir; la séance fui déclarée permanente, mais suspendue jusqu'au moment du mçssa£ie.

En même temps le conseil des Anciens, moins em- })ressé et moins nombreux, se réunissait à Tamphithéâtre de l'École de médecine. — Laussat remarqua que la Constitution ne donnait pas au Direcîoire le droit de changer le lieu des séances du Corps législatif. — On lui répondit que la Constitution n'avait pas prévu des circonstances extraordinaires, et que là où se trouvait la majorité, là était le Corps législatif. — Alors il fut demandé que la majorité fût constatée ; il fallait reconnaître si dans cet amphithéâtre, où les représentants se trouvaient mêlés avec les grenadiers de garde et les curieux qui étaient entrés, il y avait cent vingt-six représentants.

Lebreton répondit que l'Assemblée constituante ne s'était pas comptée lorsqu'elle se réunissait au Jeu de paume; et que provisoirement les messages pouvaient être lus. Ils étaient envoyés par les Cinq-Cents, pour annoncer leur présence à l'Odéon , et pour apporter la résolution qui permettait la marche des troupes vers Paris.

Ce dernier projet paraissait urgent à quelques représentants; mais délibérer sans majorité inquiétait les plus scrupuleux; on allait procéder à l'appel nominal , lorsque Baudin objecta que ce serait faire injure aux absents qui ne savaient peut-être pas où se tenait la séance du conseil des Anciens ; pour gagner du temps, le message fut renvoyé à une commission.

Baudin revint peu de moments après , et proposa l'adoption du projet, en insistant sur l'urgence qui

devait dissiper les scrupules quant à la majorité. Son langage troublé témoignait involontairement de la situation du Corps législatif et de la pression qui pesait sur la représentation nationale.

— (( Aucune circonstance ne fera fléchir votre courage. Ce n'est point sous l'empire de la force que vous délibérerez. Réunis régulièrement pour émettre vos suffrages avec une entière liberté, votre rassemblement volontaire dans un lieu qui n'est pas celui de vos séances ordinaires atteste avec évidence que des mesures fortes et urgentes sont indispensables. »

Le Conseil adopta sa résolution sans se compter, et la séance, déclarée permanente, fut ajournée à six heures du soir.

Pendant cette journée, les généraux sous la direction de Barras furent employés à faire des arrestations, et à conduire en prison les représentants et les autres proscrits désignés par le Directoire. Pendant qu'Augereau était à la caserne des grenadiers, où il faisait enlever Ramel, il envoya saisir, au pavillon de Marsan, les représentants qui se trouvaient à la commission des inspecteurs. Pichegru y était, et lorsque l'officier chargé de l'arrêter lui dit : — « Te voilà donc, général des brigands, » il lui répondit froidement : — « Oui, quand je te commandais. » — Willot, Bourdon de l'Oise, de Ilumare, de la Rue et trois autres représentants moins connus furent emmenés avec lui au Temple. 11 n'y avait pas de mandat d'arrêt contre Bourdon de l'Oise. — « Je veux ])artager le sort de mes collègues, dit-il à l'officier. Je ne veux pas me déshonorer en acceptant une indigne faveur. »

Un certain nombre des Anciens s'étaient rendus à

sept lieures du malin dans leur salle accoutumée, dont les portes n'étaient pas encore occupées. Bientôt la troupe entra dans la salle et somma les représentants de se retirer ; comme le président Lafon-Ladébat n'obéissait point à cet ordre, il fut arraché du fauteuil; après les avoir chassés, on ferma les portes en y plaçant un scellé.

Les membres de Vautre Conseil, expulsés aussi par la violence quelques heures auparavant , s'étaient réunis au nombre de quatre-vingt-cinq chez un d'eux, André de La Lozère.

Une trentaine de représentants des Anciens se rendirent chez M. de Marbois; il leur dit que, toutes les accusations portées contre eux étant mensongères et calomnieuses, il était indigne pour des hommes d'honneur de fuir ou de se cacher; que, s'il y avait encore un moyen de prévenir une catastrophe, c'était de se mettre en évidence, et de donner aux honnêtes gens l'exemple de la résistance contre l'injustice et la violation des lois. Ainsi, il proposa à ses collègues de retourner aussitôt pour se faire rouvrir la salle des séances ; MM. Tronchet et Muraire appuyèrent cette courageuse détermination.

Le Directoire ne s'était pas attendu à un tel acte de fermeté. Les représentants se mirent en marche pour les Tuileries; partout on les laissait passer avec respect, mais sans que ce sentiment suscitât la moindre émotion; ils arrivèrent jusqu'au jardin des Tuileries; alors un huissier se présenta pour les avertir que la séance se tenait à l'École de médecine; trois d'entre eux s'v rendirent pour prier ceux de leurs collègues qui s'v trouvaient de revenir au lieu ordinaire des séances.

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