DÉLIBÉRATION DU CONSEIL DES AJJCIENS
— Le Directoire reprenait le pouvoir de mettre une commune en état de siège.
C'était une restauration complète de la tyrannie conventionnelle, hormis le tribunal révolutionnaire, mais avec le projet avoué d'user largement de la déportation. On pouvait toutefois supposer que ce despotisme concentré désormais aux mains du Directoire serait exercé, sinon avec plus de justice, du moins avec plus de calcul. Quant à la garantie donnée par l'existence d'un Corps législatif, non-seulement elle était nulle, mais elle était un danger de plus pour Tlmmanitè et pour la raison, puisque les Conseils allaient être livrés à un parti nécessairement plus passionné et plus exagéré que les directeurs : au total, le public dans son inertie et son découragement, croyait, sans bien savoir pourquoi , que le Directoire ne pouvait pas être un aussi terrible maître que Robespierre , et qu'on ne devait pas en avoir une très-grande peur.
La loi de salut public, car on l'avait intitulée ainsi, fut aussitôt portée au conseil des Anciens qui l'attendait et qui siégeait encore à minuit, dans l'amphithéâtre de l'école de médecine. Là ne régnait point le même empressement qu'à TOdéon ; la sagesse et la prudence des Anciens tempéraient les ardeurs du parti révolutionnaire, comme elles avaient constamment arrêté le parti modéré. Une commission fut nommée pour examiner le projet, et la majorité des commissaires n'était point favorable à de telles mesures.
L'aspect que présentait cette salle pouvait affliger et
intimider les âmes honnêtes , mais faibles : dans les
bancs supérieurs de l'amphithéâtre, des grenadiers
parlaient à haute voix et faisaient entendre leurs me-
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iinces mêlées au\ vocil'rralioiis de ([uclqiirs i:roiH)es <le Jncolûns de bas éla^e.
La cuminission aurait voulu gagner du temps; mais It^ Directoire et ses ])artisaus étaient pressés. — « La patrie est en danger. Je demande la permanence pendant la nuit, disait Lacondje Saint-Michel; point de délai. Nous passâmes sept nuits de suite après le 10 août. » — A sept heures du matin, le rapporteur vint dire que la commission croyait nécessaire d'avoir des informations et des pièces sur les motifs qui pouvaient déterminer la nullité des élections et la déportation des personnes.
Lecouteulx et Régnier^ parlèrent à l'appui d'un avis si juste et si raisonnable ; mais Lacoml)e Saint-Michel et quelques autres s'emportaient contre la faiblesse de leurs collègues. — a Des preuves! disaient-ils; en faul-il contre la faction royaliste? » — Puis, j)our déterminer les opinions flottantes : — «Le peuple est là, )i — en montrant quelques hommes de méchante mine (pii s'agitaient dans le haut de l'amphithéâtre.
— « Il faut obéir au peuple, » — Un soldat criait :
— « Patriotes ! avancez au pas de charge. »
Malgré les colères des révolutionnaires et les menaces du peuple, l'avis de la conmiission j)révalut, et la séance fut suspendue. Il était huit heures du matin.
Ce retard et cette hésitation du conseil des Anciens, l'audace inattendue des représentants qui avaient tenté une discussion, troublèrent beaucoup le Directoire et la faction ([ui dominait maintenant le conseil des Cinq- Cents. On ne ])ouvait se dissimuler que l'opinion publique, tout inactive et muette qu'elle était, voyait