‹ Histoire du directoire de la République française (volume 2)Chapitre 119 sur 152 · DÉLIBÉRATION DU CONSEIL DES ANCIENS · texte numérisé non relu

DÉLIBÉRATION DU CONSEIL DES ANCIENS

lité el sa joie; nous sommes aujourd'hui au 19 fructidor, et le peuple demande où en est la République, et ce que le Corps législatif a fait pour la consolider. Les conspirateurs ont veillé; votre silence leur a rendu l'audace : ils renouent leurs intrigues; ils parlent déjà de punir les républicains du commencement de leur triomphe; ils comptent sur des intelligences dans le sein du Corps législatif. Et l'on peut hésiter à purger le sol de la France du très - petit nombre de chefs connus et signalés de la conspiration royale ! Vous êtes au bord du volcan; il va vous engloutir. Vous pouvez le fermer, et vous délibérez! Demain il ne sera plus temps. »

(( On vous parlera des principes; on cherchera des formes, des excuses, des délais; on assassinera la Constitution en feignant de l'invoquer ; on invoquera votre commisération pour certains hommes. Quel sentiment funeste ! quelle pitié mal entendue ! quelles vues rétrécies !

« Le Directoire s'est dévoué ; il vous a donné les moyens de sauver la France, mais il a dû compter que vous les saisiriez. »

Quelques représentants crièrent : — « Aux voix ! » On ne voulut pas même voter séparément sur chacun des noms inscrits dans la liste des proscrits. — Quatorze ou quinze membres se levèrent pour la loi , sept osèrent se lever contre. Le procès-verbal envoyé aux journaux fit mention de l'unanimité.

Lorsque cette nouvelle parvint au conseil des Cinq- (]ents la joie fut vive; on api)laudit beaucoup en criant : « Vive la Ré|)ublique ! »

Le 18 fructidor était destiné à donner naissance à un grand nombre de lois tyranniques, de lois d'ex-

ception destinées à suppléer aux exécutions sanglantes et à opérer tout ce que le régime de la Terreur accomplissait au moyen des échafauds et des proconsuls de la Convention. Déjà ces lois étaient indiquées et demandées par les révolutionnaires exagérés du conseil des Cinq-Cents; elles ne devaient pas tarder. L'impatience des serviteurs zélés du Directoire n'avait pas longtemps à attendre; mais pour achever le 18 fructidor, pour consommer l'œuvre de la violence, pour compléter la victoire, une autre mesure de circonstance, une seconde liste de proscription était encore nécessaire.

Le 19 fructidor, Bailleul rappela que la commission chargée de présenter les mesures de salut public avait reçu la mission de préparer un projet contre les journaux et les journalistes. Cette commission s'était déclarée dissoute. Ainsi, il fallait demander au Directoire une liste des différents journaux et de leurs auteurs ou rédacteurs.

Le Directoire avait prévenu les vœux de Bailleul : par un arrêté du 18 fructidor, exécuté dans le cours de cette journée, il avait ordonné l'arrestation des auteurs ou rédacteurs de trente-deux journaux.

Dans la séance du 6 septembre \ Bailleul , au nom d'une commission, présenta un projet, conséquence de cette mesure provisoire.

Dès qu'il était question des journaux et des écrivains, les fureurs du parti révolutionnaire n'avaient plus de limite. Comme il avait épuisé le vocabulaire de l'injure et de la dénonciation contre les modérés et les

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