DELIVRANCE DU GÉNÉRAL LAFAYETTE
Unis, des voix élocjuentcs s'étaient élevées contre cet acte (le despotisme et de barbarie.
Lorsque l'opinion pnbli([ue et le.s Conseils k'gislatifs commençaient à aitaqnei' hi lé<j;islatioii révolutionnaire et à renier les œuvres des vainqueurs du 10 août, les amis de J\I. de Lafayette, les partisans de la monarchie consntutionnelle conçurent l'espoir de mettre un terme à cette cruelle captivité. Ils s'adressèrent à la fois au Directoire et au «général Bona])arte^ qui, dès les conférences de Léoben, parla de la justice et de la convenance qu'aurait la délivrance des prisonniers d'Olnuitz. Le gouvernement autrichien exigea d'abord que M. de Lafayette signât la promesse de ne jamais habiter dans les Etats de l'empereur ni dans aucun territoire de l'empire. 11 se refusa à prendre un engagement ([ue le gouvernement autrichien n'avait nul droit de lui demander. La démarche du général Bonaparte demeura sans effet.
Alors les anciens membres de 1' Assend)lée constituante, les amis de M. de Lafayette, >bue de Staël, M. de Talleyrand, s'employèrent activement |)our que le Directoire chai'geat les plénipotentiaires d'insister aui)rès du cabinet de Yieime. A la tribune du conseil des Cinq-Cents, Van blanc ne mit pas en doute celte intervention du gouvernement. Carnot et Barthélémy étaient disposés favorablement, l^arras et même Rewbell ne faisaient aucune objection. Une lettre du J^'^ioût, signée de Carnot, fut adressée au général Bonaparte : — « Le Directoii'e vous rappelle le désir (ju'il vous a manifesté de voir finir le [)lus tôt possible la captivité des prisonniers (TObnutz; il ne doute pas que vous ne partagiez l'intérêt que leur nudheur lui inspire. )>
Une note fut l'cmise au marquis de Gallo par les
DIFFICULTÉS POUil CONCLURE L\ PAIX. 477
plénipotentiaires français. La délivrance des prisonniers fut promise ; mais il y eut encore des retards avant de déterminer en quel pays serait fixé le séjour du général Lafayette. Le Directoire ne voulait pas qu'il rentrât en France; Tempereur interdisait le séjour de l'Allemagne; le général Bonaparte disait : — a II se retirera en France ou en Amérique; il est impossible qu'il soit bien ailleurs. )i — Les portes de la prison d'Olmutz s'ouvrirent le 19 septembre, et M. de Lafayette eut la permission d'habiter Hambourg.
Le cabinet autrichien , en notifiant son intention de traiter de la paix dans un congrès où seraient appelés ses alliés, n'avait pas considéré la négociation comme rompue : les plénipotentiaires français avaient été priés de la continuer et d'en établir le siège à Udine.
Le général Clarke s'y rendit; mais le général Bonaparte annonça que sa présence lui semblait inutile tant que MM. de Gallo et de Meerfeldt n'auraient point des instructions et des pouvoirs pour signer un traité définitif. Des deux côtés on s'occupa de préparatifs pour reprendre les hostilités.
Telle était la situation des afTaires étrangères pendant les six semaines qui précédèrent le 18 fructidor. 11 y avait des conférences entamées à Lille et à Udine, mais nulle possibilité d'arriver à un résultat. Les dissentiments qui séparaient les membres du Directoire en deux opinions irréconciliables ajoutaient aux autres causes d'inertie des négociateurs. D'accord dans la volonté de ne point traiter avec l'Angleterre, les directeurs se divisaient sur les conditions de la paix avec l'Autriche. Carnot et Barthélémy jugeaient les articles
(le Léoben avantageux pour la France et Irès-acceptahlcs. Barras et ses deux collègues, soit que la paix n'entrât point dans leurs idées révolutionnaires, soit que TAutriche ne leur parût point assez maltraitée, ne voulaient pas entendre parler de lui abandonner Mantoue, ni de lui céder Venise si Mantoue restait à la république cisalpine. 11 y eut pourtant un moment où le gouvernement directorial consentit à cet arrangements
Le général Bonaparte pouvait donc arriver à une conclusion de la paix. 11 la désirait sincèrement, et, disposant du marquis de Gallo, il faisait parvenir à Vienne des informations et des avis en aide au parti de la paix. Le moment n'était point favorable pour décider l'empereur à ne plus écouter le parti contraire. La lutte entre le Directoire et le Corps législatif devenait de jour en jour plus animée : une crise était inévitable, (^.omment traiter avec un gouvernement qui n'était pas assuré d'exister le lendemain? Le roi de Prusse avait été décidé par l'influence française à se prononcer d'avance pour la sécularisation des Etats ecclésiastiques destinés à indemniser les ])rinces que dépouillerait la cession de la rive gaucbe du Rbin à la France. Nonobstant l'importance de cette démarche, le cabinet de Vienne restait dans la même indécision.
Le général Bonaparte cessa alors d'espérer la paix' : — « Nous sommes horriblement joués , écrivait-il au Directoire; aujourd'hui je ne vois qu'un seul parti à ])rendre , c'est que vous déclariez que si, à la fin du mois d'août, tout n'est pas fini, les préliminaires de