‹ Histoire du directoire de la République française (volume 2)Chapitre 146 sur 152 · LE GÉNÉRAL BONAPARTE QUITTE LITALIE · texte numérisé non relu

LE GÉNÉRAL BONAPARTE QUITTE LITALIE

explu[uer la position et les mouvements des deux armées. Lorsqu'on lui dit que 1 armée de Charles le Téméraire était de soixante mille hommes, il dit : — « Ce duc de Bourgogne était un grand fou. Il avait assez de monde pour couvrir toutes ces montagnes. » — Le général n'était pas en uniforme, et M. d'Erlach , ancien ofhcier suisse, qui lui servait de guide dans cette excursion, ne savait pas quel était ce voyageur si curieux des souvenirs de bataille. Au ton ferme et décisif de ses paroles, il reconnut que ce devait être le vainqueur de l'Italie. — «Nous nous battons mieux que cela, à présent, disait le général Lannes. — Les Bourguignons n'étaient pas Français alors, » ajouta le général Bonaparte.

A Berne, il refusa une fête que lui offrit l'aristocratie de cette ville. Soleure était de tous les cantons celui qui, sous l'ancien régime, recevait le plus l'influence de la France. Les premières familles comptaient toujours un grand nombre d'officiers dans les gardes suisses. Un commandant de l'artillerie ayant, malgré les ordres qu'il avait reçus, fait tirer le canon au passage du général, fut mis aux arrêts par le conseil souverain du canton.

A Baie , il fut reçu comme aurait pu l'être un souverain.

Après avoir traversé le Rhin, il passa à Offenbach, où était le quartier général d'Augereau ; sans descendre de voiture, il s'arrêta à la porte et lui fit dire qu'il désirait le voir. Augereau fit répondre qu'il s'habillait et ne vint point. Sa récente importance avait troublé le peu de sens dont il était doué. Le lendemain, il dépêcha un aide de camp pour porter une lettre d'excuses et de regrets.

COiNGRÈS DE RASTADT. 51 1

Presque tous les plénipotentiaires qui devaient former le congrès de Rastadt étaient déjà arrivés. Le vieux comte de Metternich , père du prince actuel, en avait la présidence. Le Directoire avait envoyé comme collègues du général Bonaparte, MM. Treilhard et Bonnier. Il y fit son entrée le 25 novembre, dans un carrosse à huit chevaux, avec une escorte de hussards autrichiens. Il ne vit d'abord que les deux ministres français et le comte de Meerfeldt, qui avait signé avec lui le traité de Campo-Formio. Plus tard, il rendit des visites au comte de Metternich, ministre de l'empereur, non pas comme souverain des États autrichiens, mais comme chef du corps germanique ; c'était lui qui devait présider le congrès; au comte de Lehrbach, plénipotentiaire autrichien; au baron d'Albini, ministre de rélecteur de Mayence , archichancelier de l'empire, et au baron d'Eldesheim, ministre de Bade dans le territoire duquel est situé Rastadt; il se fit excuser auprès des autres plénipotentiaires et se montra peu soumis aux règles accoutumées de l'étiquette diplomatique.

Il ne tarda point à faire une de ces scènes par lesquelles il aimait à se rendre redoutable et à troubler ceux qui avaient à traiter des affaires avec lui. La cour de Suède avait eu la prétention d'être représentée au congrès. Elle arguait du traité de Westphalie, en vertu duquel elle était garant des conditions que ce traité avait réglées pour Tempire germanique. Mais cet article ne lui donnait le droit de prendre part à une négociation que si sa garantie était réclamée par une des puissances intéressées dans une transaction nouvelle; or, aucune des puissances allemandes n'appelait la Suède. D'ailleurs, un des articles du traité de Campo

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