‹ Histoire du directoire de la République française (volume 2)Chapitre 16 sur 152 · NEGOCIATIONS AVEC L ANGLETERRE · texte numérisé non relu

NEGOCIATIONS AVEC L ANGLETERRE

conclu que lorsqu'une forte démonstration de guerre l'aurait effrayé et éclairé.

Le général Bonaparte attendait le moment où il lui serait possible de diriger dans les Etats romains une force militaire suffisante.

Pendant que les armées françaises envahissaient victorieusement la Souabe et la Bavière, des traités de paix avaient été signés le 7 août avec le duc de Wurtemberg ; le 26 du même mois avec le margrave de Bade. L'un et l'autre avaient rompu tous leurs liens avec la coalition et avaient cédé à la républicjue française les territoires qu'ils possédaient sur la rive gauche du Rhin.

Le 7 septembre, un armistice avait été conclu entre l'électeur de Bavière et le général Moreau.

Un acte plus important avait uni , par une alliance défensive et offensive, la France et l'Espagne. En vertu de ce traité , la guerre avait été déclarée à l'Angleterre par le roi d'Espagne , et une flotte espagnole était venue se réunir à la marine française.

La conquête de l'Italie, l'invasion de l'Allemagne, la déclaration de guerre de l'Espagne , la neutralité persévérante de la Prusse, la crainte de voir l'Autriche vamcue traiter séparément avec la France, l'évacuation de la Corse, les ports de l'Italie fermés aux vaisseaux anglais avaient rendu difficile la situation de l'Angleterre. M. Pitt s'en préoccupa; il savait combien le Directoire était contraire à la pensée d'une paix générale et combien il avait de répugnance à traiter avec l'Angleterre; mais, à supposer que la négociation échouât, elle pouvait néanmoins avoir pour résultat

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de mettre en commun les intérêts de l'Angleterre et de rAuti'ielie et de conserver leur alliance.

Les victoires de l'arcliiduc Charles ne détournèrent point M. Pitt de ce ])rojet , et lui firent au contraire espérer de trouver le gouvernement français moins arrogant et niieux disposé à une pacification.

Dès le G septembre, une note l'ut remise par lord Grenville au ministre du roi de Danemark en Angleterre, en le priant delà transmettre au chargé d'affaires de son souverain à Paris.

Cette pièce annonçait le désir qu'avait Sa Majesté Britannique de mettre fin à une guerre qui troublait le monde entier. En conséquence, Sa Majesté avait recours à l'entremise du ministre d'une cour neutre pour demander au Conseil exécutif de France un passeport pour une personne que Sa Majesté enverrait à Paris, afin de négocier avec l'administration française.

Le cabinet du Luxembourg, loin d'éprouver la moindre satisfaction de cette pacifique ouverture , fut offensé du soin que le rédacteur de cette note avait mis à éviter toute expression qui aurait inq)liqué la reconnaissance de la république française et de l'autorité constitutionnelle du Directoire. \a' ministre des relations extérieures ne donna aucune réponse écrite au chargé d'affaires de Danemark. Après l'avoir fait attendre quehiues jours, il lui fit savoir verbalement « que le Directoire n'était point disposé à recevoir les vœux que pourraient émettre les ennemis de la République en faveur de la paix, à moins qu'ils ne les fissent connaître par un intermédiaire direct; que, toutefois, s'ils voulaient envoyer des négociateurs chargés de j)leins })()uvoirs, des passe-ports leur seraient délivrés ([iiand ils se présenteraient à la frontière. Si le

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gouvernement anglais avait quelque affaire à traiter avec le gouvernement français , il ne devait pas ignorer que ce ne pouvait être autrement qu'en s'adressant au Directoire exécutif de la république française. »

Cette difficulté de forme et le style dans lequel on la présentait, prouvaient avec évidence que le Directoire était très-éloigné de toute pensée de paix.

Le cabinet anglais ne l'ignorait pas et ne se rebuta point. Les armées françaises avaient éprouvé de nouveaux échecs en Allemagne; peut-être le Directoire deviendrait-il plus traitable^ d'ailleurs il importait de montrer à rAutriche, à l'Europe, et aussi à l'opinion anglaise, que c'était la France qui ne voulait point la paix.

L'opinion qui la demandait était beaucoup plus générale et plus vive en France qu'en Angleterre. En ce moment, le Directoire ne pouvait pas imposer silence par des victoires. L'Allemagne était évacuée, et l'on recommençait à s'inquiéter pour l'Italie où l'Autriche dirigeait de nouveau des forces considérables.

Le ministre des relations extérieures accorda le passe-port que demandait lord Grenville. Cependant le bruit se répandait que des négociations allaient être ouvertes; qu'un plénipotentiaire anglais était attendu à Paris. Dans leur impatience, les journaux modérés disaient même qu'il était arrivé, et se faisaient l'organe de la joie publique ; puis ils assurèrent que le Directoire l'avait aussitôt renvoyé; de là ils se livraient à des discussions pleines de regret et de blâme.

Le Directoire avait commis la faute de créer un journal attitré qui le mêlait aux controverses de la presse et le compromettait. Un article y fut inséré où il était dit que, déjà plusieurs fois, l'Angleterre avait

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semblé désirer la paix et même annoncé des négocialions, qui n'étaient autre chose que des intrigues pour rejeter sur le gouvernement français l'odieux de la continuation de la guerre. Les termes du journaliste n'étaient nullement ménagés. « L'astucieuse duplicité, le style punique, Tambitieux gouvernement de TAnglelerre : ^> — telles étaient les expressions employées dans cette discussion. — « On ne croira point aux pacifiques intentions du ministère anglais quand on saura que son or et ses intrigues, ses menées ouvertes et ses insinuations obsèdent plus que jamais le cabinet de Vienne et sont Tun des principaux obstacles aux négociations que ce cabinet serait porté de lui-même à entamer sur la paix. ))

Le ministre des relations extérieures avait plus de convenance et montrait davantage l'esprit de négociation dans ses pièces olTicielles. En adressant, le 5 octobre, un passe-port à lord Grenville, Cliarles de Lacroix ajoutait : « Le Directoire espère que les négociations auront une heureuse issue. »

Ainsi le roi d'Angleterre pouvait, dans le discours de la couronne', parler de «l'envoi d'un plénipotentiaire à Paris et du désir de voir cette démarche servir au rétablissement de la paix générale. »

Les adresses des deux chambres témoignèrent que cette espérance était acceptée par le parlement. Un discours de lord Fitz William à la chambre des lords, exprima des doutes sur le succès des négociations.

«La France, disait-il, a-(-clle jamais désavoué le système de désorganisation qui est la cause de tous

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